PETRU IOAN

Stéphane Lupasco et la propension vers le contradictoire
dans la logique roumaine



Dans l'une de ses multiples acceptions, le syntagme de "logique classique" est rapporté à un ensemble de contraintes qui satisfont le principe de l'identité et de la conséquence dans la pensée, le principe de la non-contradiction, respectivement le principe de l' exclusion du tiers.

En établissant des modifications par rapport à un principe ou à un autre, on a conçu et on pourrait encore concevoir : une logique de la différence et de l'altérité, une logique de la contradiction et une logique du tiers inclus.

De la première modification vis-à-vis du "programme" de la logique classique, rendent compte la logique "du potentionnement" et "de l'identité distinctive" (préconisée par Annibale Pastore [1], en contraste avec la logique "reproductive" et "analytiquement discursive"); la logique "de l'hétérogénéité et de la diversité" (proposée en tant que logique "négative" par Stéphane Lupasco, par rapport à la matière vivante et aux sciences de la vie); la logique "de l'identité et de la diversité" (contraposée à la logique "naturaliste", de la pensée préconstituée, par Franco Spisani [2]); etc.

À travers la deuxième modification, on arrive à la logique de la "contradiction" (que François Paulhan [3] concevait au début du siècle), à la logique relativement récente de la "paraconsistence"[4] et, bien évidemment, à la logique "énergétique" de Stéphane Lupasco, qui situe le dynamisme contradictoire (respectivement le dualisme antagoniste, l'antagonisme contradictoire, ou le dynamisme dualistique) dans "la nature même et la structure du logique" [5] en visant ainsi "la contradiction irréductible" et la "coexistence contradictoire" de l'affirmation et de la négation, respectivement de l'identité et de la diversité, c'est-à-dire, un "calcul contradictionnel" [6].

Dans la troisième direction de l'affectation "de la tradition de recherche" [7] dans la logique classique, on retrouve le projet de Stéphane Lupasco, de légitimation de la pensée de type antagoniste, par une logique considérée : (1) comme quantique; (2) comme formelle; (3) comme formalisable [8]; (4) comme polyvalente; (5) comme non-contradictoire [8 : 44 - 45, 47 - 48].

Dans l'esprit des travaux de Stéphane Lupasco, on peut affirmer que la nouvelle logique, "ternaire" : (6) n'abolit pas, mais restreint seulement, l'action de la logique classique (binaire [9], ou du tiers exclus [8 : 48]); (7) elle ne conçoit pas l'état intermédiaire ("T") comme une synthèse des états extrêmes [8 : 47], selon le schéma hégélien de la succession des moments antithétiques du devenir [10], mais admet la coexistence des trois termes, associés par Lupasco à trois types de matière, à trois types de systèmes et de systématisation de l'énergie, à trois types d'univers et à toujours autant de types de détermination, à trois types d'espace-temps, à trois types d'ortho-dialectiques et à trois types d'orientation des phénomènes, à trois modalités d'articulation causale, à trois types de finalité, à trois espèces d'ensembles et à trois démarches statistiques, à trois types d'adaptation comportementale, à trois genres de normalité et à toujours autant de formes pathologiques, à trois types de morales, à trois types de mémorisation, à trois types d'images et à toujours autant de types de conceptualisation, à trois types de vérité, à trois types de sciences, à trois méthodologies conceptuelles et techniques, à trois types d'ortho-déductions, à trois types de "syllogismes contradictionnels" et à trois types de "récurrences contradictionnelles" [11] etc., etc.

De la logique du dynamisme contradictoire à la logique triontique et trinoétique, du tiers inclus

Selon les développements introduits par M. Basarab Nicolescu, la même logique ( triontique et trialectique, préconisée par Stéphane Lupasco) devient une logique du tiers inclus, respectivement : (8) une logique avec un fondement empirique dans la notion de "niveau de réalité" [12], qui lie des niveaux adjacents de réalité [12 : 31] et décrit [8 : 75, 79] une orientation cohérente dans l'ensemble des niveaux de réalité; (9) une logique qui, dans la perspective des "niveaux de réalité", contribue à la redéfinition de la nature [12 : 20]; (10) une logique qui est apte à dévoiler, en rapport avec les divers niveaux d'organisation de la réalité [8 : 35], la structure gödelienne de la nature et de la connaissance; une logique qui s'adapte aux divers "niveaux de perception" [8 : 36] et aux divers "niveaux de représentation" [8 : 149] de la réalité, aux divers "niveaux de connaissance" [13], de compréhension [8 : 106] et de rationalisation [12 : 34] du réel ou aux divers "niveaux de confusion" [8 : 165] et aux divers "niveaux d'occultation" de celui-ci; (11) une logique privilégiée de la complexité, se trouvant au service des sciences exactes et des sciences humaines, des sciences dures et des sciences molles; une logique qui réussit à configurer de la sorte l'analyse scientifique de la complexité [8 : 48]; une logique qui, dévoilant des degrés de complexité, contribue à la compréhension des degrés de la réalité et de la matérialité [8 : 93]; (12) une logique qui représente un des piliers de la transdisciplinarité [8 : 68] et qui permet ainsi la réconciliation du sujet transdisciplinaire avec l'objet transdisciplinaire [8 : 82]; une logique qui soutient et contrôle, en même temps, le langage transdisciplinaire [8 : 176], en assurant de cette façon des "niveaux de l'action" [8 : 180].

Une intégration des états "T" (légitimés par Stéphane Lupasco) dans la grille du rapport du logique ("L") et du concret ("C")

Sur la logique dynamique du contradictoire (associée par Stéphane Lupasco au système microscopique et au système neuropsychique), c'est-à-dire sur la logique du tiers inclus (reliée par M. Basarab Nicolescu à toutes les situations complexes où interviennent des propositions incertaines et des couples de propositions contraires, des répliques dialogiques, la pensée organisationnelle, celle analytico-synthétique [14] et celle systémique, [15], on pourrait dire beaucoup de choses vis-à-vis de la "logique non-aristotélicienne" de la contradiction [12 : 31], soutenue par Alfred Korzybski (1879-1950) en 1933, ou vis-à-vis des approfondissements de l'entendement de l'époque, dûs à Edgar Morin [14 / 12 : 37], à Jean-Jacques Wunenburger [16], à Gilbert Durand [17], à Antoine Faivre [18] et à d'autres.

Même avant que Stéphane Lupasco lance son programme de logique en faveur d'une "science de la contradiction" [19], en Roumanie (son pays d'origine), Lucian Blaga (1895-1961) en s'appuyant sur le sens méthodologique du dogme chrétien, assurait, par Eonul dogmatic / L'éone dogmatique (de 1931), un univers de discours à quatre autres types de "structures antinomiques" (et "antithétiques" !). Il s'agit : (1) des antinomies (respectivement, les apories) éléatiques, sous la forme de certaines contradictions logiques de la sphère du concret, ressuscitées à l'époque moderne par un Johann Friedrich Herbart (1776-1841); (2) des antinomies (ou des "paradoxies") intuitionnistes, proposées par Henri Bergson (1859-1941) et celles positivistes, promues, les unes comme les autres, sous forme de contradictions du concret vouées à dégrader le logique; (3) des antinomies rationalistes, qui - descendant de la "métaphysique indienne" et de celle chinoise, du néoplatonisme, de la philosophie européenne de Nicolaus Cusanus (1401-1464) et Giordano Bruno (1548-1600), jusqu'à Friedrich Wilhelm Shelling (1775-1854) - supportent un modus vivendi entre le logique ("L") et le concret (" C "); (4) des antinomies dialectiques, enfin, comme des paradoxies à solution dans le concret.

Par rapport à ces types de conflits de l'intellect avec soi-même (propres à la métaphysique prophane, ou "enstatique"), les antinomies dogmatiques ("extatiques" ou "transfigurées"), que relève le philosophe roumain, "ne font et ne peuvent pas faire appel au concret; elles sont des paradoxies sur le plan logique et sur le plan concret", leur solution étant postulée dans le transcendant, c'est-à-dire dans une zone "inaccessible et contraire à la logique" [20].

Vu que les derniers termes sont dans la position étudiée par Lucian Blaga, le logique (" L ") et le concret (" C "), on pourrait ordonner les cinq types d'antinomies dans le banal paradigme tétralogique des rapports diadiques et bivalents : le premier, mais pas le second aussi (+ L - C : le monisme de type éléatique); pas le premier, mais le second (- L + C : le monisme intuitionniste); et le premier et le second (+ L + C : le dualisme de type rationaliste et, surtout, le dualisme dialectique); ni le premier, ni le second (- L - C : le ninisme, manifesté par la dissociation des quelques concepts qui semblaient se solidariser), comme on peut le voir dans la figure (1).

RAPPORTS
ENTRE "L"
ET "C"
ATTITUDES
MÉTHODO-
LOGIQUES

STRUCTURES ANTITHÉTIQUES, REPRÉ-
SENTANT DES FORMULES MÉTAPHYSIQUES
DANS LES LIMITES DE LA CONNAISSANCE

+ L - C MONISME antinomies éléatiques
- L + C MONISME antinomies intuitionnistes et empiristes
+ L + C DUALISME antinomies rationalistes
ANTINOMIES DIALECTIQUES (SURTOUT,
LES ÉTATS INTERMÉDIAIRES "T",
INTRODUITS PAR STÉPHANE LUPASCO)
- L - C NINISME antinomies transfigurées

1. Solutions trouvées par Lucian Blaga dans la confrontation du "logique" ("L") avec le
"concret" ("C"), considérées comme des formes d'intellection et des formules métaphysiques,
dans les limites de la connaissance profane et de celle supérieure

Les états "T" (de semi-actualisation et semi-potentialisation, c'est-à-dire de semi-homogénéisation et semi-diversification), que formule Stéphane Lupasco, respectivement les manifestations du tiers inclus, s'inscrivent évidemment parmi les conflits dialectiques de type dualiste.

Une intégration des états "T" dans la grille de toutes les solutions du problème des termes antithétiques

À l'intérieur du même jeu "des mondes possibles", conçus cette fois-ci pour des termes polaires (antagoniques et dynamiques) quelconques, Mircea Florian (1888-1960), un autre philosophe roumain contemporain de Stéphane Lupasco, subordonnera pas moins de sept solutions au problème de la contradiction. Il s'agit : (1) du monisme reductionniste considéré par Karl Gross (1861-1946) comme "une solution radicale" [21], (2) de la solution tripartite de l'interpolation, dans la variante du moyen des extrêmes (celle pratiquée par Platon, par Aristote, et par beaucoup d'autres); (3) de la solution tripartite dans la variante finaliste, du terme supérieur (variante essayée par Spinoza et consacrée par Hegel); (4) de la solution pluripartite, du dépotentionnement de la contradiction par la multiplication des termes intermédiaires, considérée comme une forme réductible à la solution précédente; (5) de la solution de la coordination isosthénique et isotimique des opposés (par leur considération comme ayant le même pouvoir et la même valeur); (6) de la solution de la subordination du pôle récessif par rapport au pôle dominant, la voie par laquelle Mircea Florian comprend accéder à une "philosophie de la philosophie" et même a une "logique de la philosophie", mais aussi la voie de la "contradiction unilatérale" [22], assumée dans son ontologie par Constantin Noica (1909-1987); (7) de la solution de la dissociation des opposés, ou de la transfiguration (" d'une certaine manière a et d'une autre manière b "), en tant que forme "larvée" de la solution de l'interpolation.

RAPPORTS ENTRE "A"
ET "B"
ATTITUDES
MÉTHODO-
LOGIQUES
SOLUTIONS SUBORDONNÉES
AUX ATTITUDES MÉTHODO-
LOGIQUES FONDAMENTALES
+ A - B MONISME (HÉNISME
ou SINGULARISME)
solutions "radicales", dans la direction
du réductionnisme méthodologique
- A + B
- A - B NINISME
(PLURALISME)
la solution tripartite par interpolation
la solution tripartite de dépassement
des pôles par un terme supérieur
la solution pluripartite
+ A + B DUALISME LA SOLUTION DE L'ÉGALISATION DES
OPPOSÉS (TELS LES ÉTATS INTERMÉ-
DIAIRES "T", DANS LA LOGIQUE
DYNAMIQUE DE STÉPHANE LUPASCO)
la solution de la subordination récessive

la solution de la dissociation (ou de
la transfiguration des antinomies)

2. Confrontations des termes polaires, systématisées et exemplifiées
dans la "logique récessive" de Mircea Florian

Des prédécesseurs roumains dans la lignée de l'aporétique et de l'antinomique, Mircea Florian rappelle Ion Heliade Rãdulescu (1802-1872), avec sa "théorie de l'équilibre des antithèses" qui lui a été inspirée par le Français Pierre Joseph Proudhon (1809 - 1865).

Ni Mircea Florian, ni Lucian Blaga ne mentionnent Marin Stefãnescu [23], docteur ès lettres à Paris, en 1915, avec une thèse sur le dualisme de la connaissance, en tant que dualisme logique, radical et anti-dogmatique.

Une remarquable omission dans l'inventaire que nous suivons est justement la position de Stéphane Lupasco, qui, contournant le "vieux procédé moniste" [6 : 51] et "l'ombre d'un troisième terme hégélien" [24], travaille dans l'espace de réconciliation de la conjonction active (" et p et non - p "), entre la semi-actualisation et la semi-potentialisation, entre l'homogénéité et l'hétérogénéité, entre l'identité et la diversité, ou entre le sujet et l'objet.

Le discours de Stéphane Lupasco sur la méthode, dans la perspective des rapports entre la logique et la dialectique

Entraînant dans la systématisation tétralogique deux termes méta-épistémiques, nous avons suivi [25], dans une étude de 1989 développée dans le volume Orizonturi logice / Horizons logiques [26], de 1995, trois modalités de contestation de la relation entre la logique et la dialectique et quatre modalités pour résoudre positivement la relation étudiée.

Il s'agit dans le premier cas : (1) du programme d'une philosophie a-dialectique et neutre par rapport à la logique, développée pour le bénéfice du "matérialisme scientifique" de Mario Bunge [27] ; (2) des conceptions où est exacerbée la neutralité philosophique de la logique, ou de celles où la philosophie est réduite à l'analyse logique du langage de la science; (3) des attitudes antiformalistes et de distance de la dialectique par rapport à la logique.

RAPPORTS
ENTRE "L / l"
ET "D / d"
SOLUTIONS SUBORDONNÉES AUX ATTITUDES MÉTHO-
DOLOGIQUES CONCERNÉES
- L - D NI LA LOGIQUE, NI LA DIALECTIQUE :
le "matérialisme scientifique" (Mario Bunge)
+ L - D LA LOGIQUE, SANS LA DIALECTIQUE :
le logicisme (secondé par le néopositivisme)
- L + D LA DIALECTIQUE, SANS LA LOGIQUE : la "dialectique non-logique" (Pierre Raymond) et,en général, l'antiformalisme (justifié par "l'aridité de la logique" et par son "déficit heuristique"
+ D + L
("Dl")
LA DIALECTIQUE LOGIQUE: des formalisations de la dialectique avec des moyens de la logique constituée (D. Dubarle, S. Jaskowski, R. Suszko, L. Apostel, A. N. Prior, L. S. Rogowski, R. Baer, G. Günther, M. Kosok, Y. Gauthier, C. Butler, G. Patzig, J. Verlade et les autres)
+ D + L
("LD")
LA LOGIQUE DE LA DIALECTIQUE: la formalisation de la dialectique dans la perspective du calcul propositionnel trivalent et du "calcul fréquentiel de l'analyse des faits" (Jean Gorren); la dialectique formelle en tant que "logique des modalités du changement" (B. V. Sesic); etc.
+ D + L
("Ld")

LA LOGIQUE DIALECTIQUE: LA "LOGIQUE DYNAMIQUE DU CONTRADICTOIRE" EN TANT QUE LOGIQUE TRIONTIQUE, TRINOÉTIQUE, TRIALECTIQUE ET "ÉNÉRGETIQUE" (S. LUPASCO); LA "LOGIQUE DU POTENTIONNEMENT" (A. PASTORE); LA "LOGIQUE DES PROCESSUS" (H. K. WELLS ); LA "LOGIQUE DE L' IDENTITÉ ET DE LA DIVERSITÉ" (F. SPISANI); LA "LOGIQUE ORGANONIQUE" (A. J. BAHM); LA "LOGIQUE DES HOLOMÈRES ET DES HOLOPHÈRES" (CONSTANTIN NOICA); LA "LOGIQUE PARACONSISTENTE" (AYDA ARRUDA ET LES AUTRES); ETC.

+ D + L
("DL")
LA DIALECTIQUE DE LA LOGIQUE: descriptible dans la perspective de la définition de la logique comme science des relations entre les formes et les contenus de la pensée

3. Confrontation de la logique avec la dialectique, dans la systématisation de Petru Ioan
("L" / la logique; "l" / logique; "D" / la dialectique; "d" / dialectique)

On rencontre, dans le deuxième cas : (4) la dialectique logique, en tant que "démonstration ad hominem contre le refus hégélien de toute mathématisation de l'exposition doctrinale de la logique [...] spéculative" [28], (5) la logique de la dialectique, en tant que tentative de déchiffrer la logique spécifique de la démarche dialectique; (6) des idéaux de logique dialectique; (7) la dialectique de la logique [29], en tant que contrepoids aux nombreux reproches formulés à la logique formalisée au nom de sa prétendue aridité et de son supposé manque euristique.

Au point (6) de la grille mentionnée, on retrouve "la logique dynamique du contradictoire", due à Stéphane Lupasco, et c'est toujours ici qu'on peut inclure le projet de la "logique herméneutique" de Constantin Noica, l'un des interprètes dévoués de la philosophie "triontique" et "hyperdialectique" dans le pays d'origine du penseur auquel on rend hommage.

La perspective roumaine sur la logique, par rapport à la "science de la contradiction" et du "contradictoire"

Outre les aspects mentionnés, le paysage roumain de la pensée favorable à l' "antinomique" s'est enrichi, les quatre dernières décennies, par : (1) l'intérêt pour la "dualité dialectique" des catégories aristotéliciennes, intérêt manifesté par le philosophe et le logicien Dan Bãdãrãu [30] (1893-1968), un fin représentant de la culture roumaine en France et de la culture française en Roumanie; (2) le cautionnement de la logique dialectique par de nouveaux principes logiques de la pensée, en accord avec les mutations de la science du siècle, un enjeu qui a intéressé Athanase Joja [31] (1904-1972), correspondant distingué de l'Institut de France; (3) la reconsidération du rapport axiologique établi entre les notions "dialectiques" et les notions "arithmomorphiques" (obstinément associées à l'esprit scientifique), démarche embrassée de façon convaincante par Nicholas Georgescu-Roegen [32], un roumain remarquable de l'espace d'outre-Atlantique; (4) la réinterprétation de la logique de Hegel, dans la perspective d'une dialectique du devenir dans l'être - tâche ingénieusement honorée par Constantin Noica [35].

Par conséquent, on remarque de ce que nous avons affirmé jusqu'ici, plusieurs similitudes entre les visions des penseurs roumains et la conception promue à Paris par l'inventeur de la logique énergétique. Tout comme chez Marin Stefãnescu, l'intérêt pour la contradiction concerne, dans la conception de Stéphane Lupasco également, le noyau dur de la connaissance, manifesté par les principes et les procédures logiques.

De même que chez Ion Heliade Rãdulescu [33], ou chez Lucian Blaga, le dualisme contradictoire est envisagé par Stéphane Lupasco et ses continuateurs, tel Basarab Nicolescu, en tant que "symétrie de termes disymétriques" [34], qu'isosthénie (relation entre termes de la même force) et même, qu'isotimie (relation entre termes de la même valeur).

La perspective hégélienne dans laquelle s'inscrit Stéphane Lupasco, lorsqu'il étudie le conflit antithétique dans la réalité, tout comme dans la pensée, dans l'existence tout comme dans la conscience, sera réactivée, dans la culture roumaine, par Athanase Joja [38], Constantin Noica [35] et bien d'autres penseurs.

Même si ce n'était pas par rapport à des horizons et des niveaux de la réalité, l'idée-force de plusieurs logiques (par l'intermédiaire de laquelle Stéphane Lupasco s'est imposé dans la plupart de ses livres), a préoccupé, dans l'espace culturel roumain, Lucian Blaga (souteneur de la "logique luciférienne", en tant que complément plus profond de la "logique paradisiaque" et support des sciences de type quantique - relativiste [36]), Constantin Noica (l'adepte de la "logique d'Hermes", vue comme extension dans la sphère du culturel de la "logique d'Arès" [37]) et d'autres.

Le plus près de la "logique dynamique du contradictoire", avec laquelle s'est affirmé dans la science et la conscience de notre siècle Stéphane Lupasco, semble se trouver Athanase Joja. Dans la conception de celui-ci, la logique dialectique se justifie dans la mesure où des principes nouveaux sont révélateurs, des principes tels celui de l'identite concrète, celui de la prédication complexe, contradictoire et celui du tiers supravenant.

Cependant, c'est aussi dans la culture roumaine que s'est manifesté l'intérêt pour le juste jugement et la juste compréhension des réformes dans la logique, dans la méthodologie des sciences et dans l'épistémologie. Selon Athanase Joja, tout concept "est un dédoublement et, en même temps, une unité de l'identique et du différent" [38]. Appliqué à la logique même, le principe pris en considération nous encourage dans l'idée d'une "logique des logiques", d'une proto-logique ou même d'une méta-logique. C'est Stéphane Lupasco lui-même qui fait référence à celle-ci, à plusieurs reprises [5 : 145; 362; etc.], en l'identifiant à une logique d'origine aristotélicienne, de l'homogénéité, de l'actualisation et du macrophysique.

Serait-ce un simple hasard qu'à la même époque Ferdinand Gonseth parlait d'une logique formelle comme d'une "physique de l'objet quelconque" et, aussi, comme d'une "carte de nos libertés naturelles" [39]? Et cette "carte" à laquelle faisait allusion le penseur idonéiste (situé sur les mêmes coordonnés néo-rationalistes que Stéphane Lupasco) serait-elle affectée par l'extension du référentiel de la connaissance scientifique (des "objets" et des "états d'objets", à des "transformations", à des "processus", à des "dynamismes"; à des "éléments", à des "structures"; à des "classes", à des "totalités", à des "collectifs", etc.)?

Après une vie passée parmi des "logiques" et des idéaux de nouvelles logiques, en inventoriant et en "travaillant" les données concernant le pluralisme logique, je peux dire, aujourd'hui, que la logique bivalente et profondément "substantialiste" (évoluant dans la tradition aristotélicienne) est entiérement en accord avec la logique polivalente et prépondéremment événementielle (liée, en grande partie, à la tradition stoïco - mégarienne et à la tradition indienne, respectivement à la tradition, très récente, de la science quantique et relativiste). D'où proviennent, alors, les différends et les erreurs? D'où provient la confusion entre la contrariété (une relation polyadique) et la contradiction (une relation impérieusement dyadique)? D'où provient la superposition entre le plan noéthique (du dire et du contre-dire) et le plan ontique (de l' actualisation et de la potentialisation de certains états et dynamismes)?

La réponse à ces questions doit être cherchée, d'une part, au niveau de la négligence des paramètres sous lequels sont énoncés par Aristote (dans la mesure où ils sont énoncés par lui) les principes de la logique classique : " en même temps et sous le même aspect, quelque chose ne peut pas être autre chose" (l'identité, ou la constance de la pensée par rapport à elle-même); " en même temps et sous le même aspect, deux propositions opposées ne peuvent pas être toutes les deux vraies" (l'exclusion de la contradiction); " en même temps et sous le même aspect, deux propositions opposées ne peuvent pas être toutes les deux fausses" (l' exclusion du tiers). Ce qu'on ne peut pas accepter " en même temps et sous le même aspect " peut-être admis dans des moments différents, ou des points de vue différents! À des moments différents, ou des points de vue différents, il est possible que quelque chose soit également quelque chose d'autre (le principe logique de l'altérité!), ou que des propositions opposées aient la même valeur (le principe logique de la circonstantialisation de la vérité, ou de l'instantialisation du discours!).

La même réponse doit être cherchée dans l'utilisation défectueuse de la négation logique, dans l'utilisation sans discernement d'un signe que mène à l'homogénéisation des types de relations entre deux ou plusieurs entités et à la superposition des principes logiques eux-mêmes.

Nous avons attiré l'attention, personnellement, dès 1975 (au Congrès Mondial de Logique, Méthodologie et Philosophie de la Science, Ontario, Canada) que, dans des formules tautologiques "A = A", "(A ~A) = 0", "(A ~A) = 1", "(A ~A) = 0", "p p", "~(p & ~p)", "p ~p", "p ~p" etc., les principes logiques arrivent à dire tous la même pensée et à rendre compte tous du même type de relation[40]. Cependant, il y a des degrés de la concordance et des degrés de l'opposition logique, de la même façon qu'il y a des degrés de réalité et des degrés de perception psychique de la réalité. La surordonnation (par l'inclusion "") et la subordination (par l'inclusion réciproque " "), par exemple, sont des degrés de la concordance entre les concepts, plus faibles que l'identité (exprimée par la coordination "="), tout comme la contrariété (ou l'exclusion : "p q" = " non et p et q"), respectivement la souscontrariété (ou l'exhaustivité : "p q" = "p ou / et q") sont des degrés de l'opposition, plus faibles que la contradiction ("p q" = " ou p, ou q"). Compris de la façon la plus naturelle, les principes logiques peuvent être distingués de la définition même des relations " " (" tout au plus l'une des deux, ou de plusieurs"), "" ("au moins l'une des deux, ou de plusieurs"), "" ("une et seulement une des deux") etc., et leur rôle se manifeste dans l'acte de la représentation formelle des connaissances, respectivement, dans l'acte du remplissage des structures formelles avec des contenus déterminés de pensée. Par conséquent, "le tiers inclus" (et "l'exhaustivité des sous-contraires" !) résulte de l'utilisation même de la structure "p q" (dans le cas des propositions), ou de sa structure correspondante "A B" (au niveau des concepts). On va promouvoir de la sorte "l'exclusion des contraires", par l'utilisation adéquate de la structure "p q" (et de son équivalent "A B"), "l'exclusion des contradictoires" (par la bonne utilisation des structures "p q", respectivement "A B"), le "conditionnement suffisant - nécessaire" et la "subordonnation" (par l'utilisation judicieuse des structures "p q", respectivement "A B"), le "conditionnement nécessaire-suffisant" et la "surordonnation" (par le recours pertinent aux structures "p q" et, respectivement, "A B") etc. [40 : 93 - 101].

Le tiers inclus dans la relation de la logique classique avec la logique des antagonismes

En reprenant le portrait robot de la logique dynamique du contradictoire, nous dirons, d'abord, que celle-ci est une logique quantique, dans la même mesure où la logique "luciférienne" (de Lucian Blaga), celle "organonique" (de Archie J. Bahm) et beaucoup d'autres tentatives de reconstitution du canon de la pensée sont toujours des logiques quantiques, en tenant compte du progrès réalisé au début du siècle par les physiciens, par le déchiffrement du comportement de certains phénomènes statistiques. "Nous-mêmes - déclarait en 1931 Lucian Blaga [36 : 224], au mépris de tout isolationnisme métaphysique, à l'occasion de l'évocation de la théorie de la relativité, de la théorie des quanta et de la théorie de l'entéléchie - nous avouons maintenant que nous avons été poussés vers l'analyse du dogme (du dualisme contradictoire, n. n., P. I. !) par les incertitudes provoquées justement par les théories en question".

Nous dirons, en deuxième lieu, que la logique dynamique du contradictoire est formelle, tout comme formelle est aussi la logique de la substance, et la logique des phénomènes, et la logique des genres, et la logique des entiers, etc. Elle est formelle dans la mesure où elle se constitue dans une "logique des systèmes et des systématisations énergétiques".

Nous dirons, en troisième lieu, que la logique dynamique du contradictoire est formalisable, tout comme s'est avérée formalisable la logique hégélienne du devenir, prétendue a-mathématique et supérieure à l'intellect analytique, tout comme formalisable est aussi la logique des processus (dans la variante proposée par Nicholas Rescher [41], comme formalisable est également la logique du temps (inaugurée par les études de A. N. Prior [42]), de même que la logique de l'action (longuement approfondie par G. H. von Wright [43]), de même que beaucoup d'autres logiques apparues sous les auspices de la philosophie, ou des sciences "exactes". Le fait que la logique dynamique du contradictoire assume des entités complexes (du type "eA-eP", "eP-eA", "eT-eT") est totalement compatible avec la préférence d'un B. V. Sesic [44] pour "des complexes propositionnels du changement et du développement" ("pq", "pq", "-p-q" etc.) et ne contrevient, aucunement, au formalisme minimal de la logique "habituelle".

Nous dirons, en quatrième lieu, que la logique dynamique du contradictoire est multivalente, de même que sont multivalents les formalismes de Jan Lukasiewicz (1878-1956) et Emil L. Post (1897-1954), des années '20 de notre siècle [45], de même comme s'est voulue être multivalente l'esquisse de logique clamée sur des coordonnées psychotérapeutiques par Alfred Korzybski [46], de même que peut être considerée multivalente la logique probabiliste [47] de Hans Reichenbach (1891-1953), ou comme s'est avérée être multivalente, de façon plus sophistiquée, la logique des notions dialectiques (justifiée par l'américain d'origine roumaine, Nicholas Georgescu-Roegen [32]), respectivement celle des vérités nuancées, à la configuration de laquelle a contribué de façon significative Grigore Moisil [48] (1906-1973) et qui représente, en fait, une logique des intervalles de valeurs. Aucune de ces logiques ne suspend, cependant, la logique traditionnelle, et ne lui refuse pas non plus les services dans le plan des propres justifications.

Nous dirons, en cinquième lieu, que la logique dynamique du contradictoire est non-contradictoire parce qu'autrement elle ne justifierait pas sa mission et ne pourrait pas être prise au sérieux en tant qu'exercice intrinsèque, ou qu'instrument dans la structuration et la justification d'autres entreprises de l'esprit. D'ailleurs, non-contradictoires ont dû être aussi les logiques modales et la "logique imaginaire" de V. A. Vasiliev (le prélude de la logique polivalente), les logiques "paraconsistentes", qui ont séduit des confrères du continent sud-américain [4], et beaucoup d'autres logiques "alternatives" (hétérodoxes, "non-standard", ou "déviantes"), "para-classiques" et "non-classiques" (Robert Blanché), par rapport à la logique "classique".

fig.4

4. Application du "triangle de Carnéade" (respectivement du triangle des contraires, inclus
dans l'hexagone des opposés) au cas de la logique "énergétique", respectivement
au cas de la "logique du changement et du développement"

Nous dirons, en sixième lieu, que la logique dynamique du contradictoire non seulement n'abolit pas l'action de la logique classique, mais elle ne la restreint même pas. Elle précise seulement le sens de ses principes et lui assure, surtout, des applications nouvelles. Dire que dans certains systèmes prédomine la tendance vers l'actualisation ("A") et est étouffée la tendance vers la potentialisation ("P"), que dans d'autres s'impose la tendance vers la potentialisation et celle vers l'actualisation est barrée, tout comme il y a des systèmes dans l'état "T" (de semi-actualisation et semi-potentialisation), qui équilibrent les tendances extrêmes, ne signifie pas restreindre les applications du "principe de l' exclusion du tiers entre les sous-contraires " (exprimé logiquement de façon impropre par la tautologie "p ~p" !), mais admettre le "principe de l' exclusion des contraires" ("p q" !). En utilisant un paradigme de la logique formelle constituée, nous inscrierons, donc, le triangle des contraires étudiés par Stéphane Lupasco de la même façon dont on peut inscrire le triangle des contraires de la "logique du changement et du développement" (de B. V. Sesic [44]), exactement de la façon dont nous inscrirons le triangle des contraires de la logique déontique (de G. H. von Wright [49], de Georges Kalinowski [50] et d'autres), tout comme nous inscrierons le triangle des contraires dans la "logique du temps" (de A. N. Prior [42]) et des triangles des contraires d'autres logiques, ou plutôt, dans le cas d'autres "applications logiques", en nous servant toujours du triangle de Carnéade, structure nommée de la sorte selon le nom du "niniste" Carnéade de Cyrène (219-129 av. J. C.), le représentant du scepticisme de la "Nouvelle Académie" de l'antique Athènes. D'ailleurs, cette structure a été légitimée et illustrée pour la première fois, par Aristote (384 - 322), qui définissait la vertu comme "moyenne" (ou comme "tiers inclus" !) entre des extrêmes [51] : le courage, comme moyenne entre le trop de la téméritéet le trop peu de la lâcheté; la modération, comme état d'équilibre entre l'excès (par la présence) de la non-modération (ou de la débauche) et l'excès (par l'absence) de l'insensibilité (ou de l'abstinence); la magnanimité, en tant que ligne d'équilibre entre l'excès de la vulgaritéet l'excès de la mesquinerie; la grandeur d'âme, en tant qu'équilibre entre la vanité et la petitesse d'âme; la douceur, comme ligne médiane entre l'irrascibilitéet l'apathie; la sincérité, comme moyenne entre la vantardise et la dissimulation (ou la fausse modestie); la gaieté, comme un équilibre entre la bouffonerie et la grossièreté; l'indignation, comme solution à désirer entre l'envie et la méchanceté; l'amabilité, en tant que "voie royale", par rapport à l'irritation et la flagornerie; la pudeur,comme une manifestation à désirer par rapport à la timiditéou à l'indécence; etc., etc.

fig.5

5. Application du "triangle de Carnéade" (respectivement du triangle des contraires,
inclus dans l'hexagone des opposés) au cas de la logique déontique,
respectivement de la logique temporelle

Nous dirons, en septième lieu, que l'état "T" de la logique dynamique du contradictoire n'est pas une synthèse dans le sens de la succession des contraires extrêmes par les mécanismes d' Aufheben (conservation - destruction - renouvellement), comme chez Hegel, mais qu'une orientation minimale lui est transmise par sa propre détermination quantitative (état de semi-actualisation et de semi-potentialisation), par le vecteur valorisant avec lequel il s'associe (un "faux" avec de l'ascendence sur les vérités unilatérales par lesquelles se laisse guidée la logique de l'homogénéité et de l'identité, respectivement la logique de l'hétérogénéité et de la diversité [5 : 147; 362; etc.]). Des raisons pareilles, et beaucoup d'autres encore, ont déterminé Basarab Nicolescu à situer l'état "T" à un niveau de réalitédifférent de celui des états extrêmes, de la totale actualisation (100% A & 0% P) et de la totale potentialisation (100% P & 0% A).

fig.6

6. Application du "triangle de Carnéade" (respectivement du triangle des contraires,
inclus dans l'hexagone des opposés) au cas de la logique de la vertu
(comprise dans le discours aristotélicien de la morale)

Nous dirons, en huitième lieu, que la notion de "niveau de réalité", dans laquelle la logique dynamique du contradictoire trouve, selon Basarab Nicolescu, un fondement empirique peut s'associer à ce qu'on pourrait appeler un "niveau de comportement" (ou "niveau de conduite et d'action sociale") dans l'éthique d'Aristote, complètement compatible avec la logique binaire (de l'affirmation et de la négation, respectivement de la confirmation et du rejet). C'est justement pour éviter l'aplatissement de la vertu, par la médiation arithmétique des excès, qu'Aristote [52 : 49] recommandait l'oscillation "tantôt vers l'excès, tantôt vers l'insuffisance" et, après quelques siècles, Nicholas Hartmann (1882-1950) proposait la représentation du triangle axiologique par un demi-cercle du bout duquel, le vertueux regarde vers l'excès comme l'homme libre de Jean-Marie Domenach.

fig.7

7. Le "triangle de Carnéade" (comme "triangle des contraires", inclus dans l'hexagone
des opposés) et sa projection demi-circulaire (N. Hartmann) pour les valeurs
comportementales (analysées par Aristote à titre d'attitudes
excessives et d'attitudes vertueuses)

Nous dirons, en neuvième lieu, que la logique dynamique du contradictoire contribue, dans la perspective des niveaux de réalité et des "niveaux de matérialité", à la redéfinition de la Nature, dans la mesure où elle contribue à la redéfinition de la Société, de la Communauté, de la Politique, de la Religion, de l'Humanisme, de la Science et de la Culture toute entière.

Nous dirons, en dixième lieu, que la logique dynamique du contradictoire, inscrite dans le domaine de la connaissance, s'accommode aux divers "niveaux de compréhension" et de rationalisation de la réalité justement dans la mesure où elle ne suspend pas la logique traditionnelle (de l'exclusion et de l'exhaustivitédes contradictoires!). Nous nous guidons dans cette conviction selon la constatation troublante conformément à laquelle dorénavant le vaste édifice de l'intelligence artificielle s'appuie sur la vertigineuse réitération, de séquences équivalentes "p & ~p = 0" (dans la déduction directe, de type computationnel : "p1, p2, ..., pn ... c" si et seulement si "p1 & p2 & ... & pn & ~c = 0"), respectivement "p ~p = 1" (dans la déduction "inverse" [52] de type computationnel : "p1, p2, ..., pn ... c" seulement si "~p1 ~p2 ... ~pn c = 1"), de même que les expressions infinies du postulat fondamental de la logique énérgétique [19 : 83 sqq.] nous ramènent au célèbre tétralemme hellénistique [53] (pq p~q ~pq ~p~q = 1), lui-même une extension, dans la logique formalisée, de la séquence"p ~p = 1".

(eA ~eA) =
(eP ~eP) =
(eT ~eT) =
(eA~eP ~eAeP eT~eT ) =
(eA~eP ~eAeP eAeP ~eA~eP)

(X~Y ~XY XY ~X~Y) =
(X ~X ) =
(Y ~Y)

fig.8

8. Application du "triangle de Carnéade" (respectivement du "triangle des contraires"
inclus dans l'hexagone des opposés de la logique bivalente et, donc, classique)
à la "disjonction fondamentale" de la logique dynamique du contradictoire

Nous dirons, en onzième lieu, que la logique dynamique du contradictoire sert à analyser les degrés de complexité de la réalité et de la pensée dans la mesure où la logique, en général, tend vers des degrés de la vérité (relevant de la correspondance avec les faits), vers des degrés d'abstraction et d'interprétation (relevant de la complexité et de la généralité de la représentation), vers des degrés de précision, ou de non - vague (relevant de la référence), ou vers des degrés de certitude (relevant de l'information [54]), une partie de ces aspirations étant attestées par les projets de la logique modale, de la logique polivalente, de la logique probabiliste, de la logique floue ou d'autres formations pareilles de la propédeutique.

Nous dirons, en douzième lieu,que la logique dynamique du contradictoire est un des piliers de la transdisciplinarité, dans la mesure où la logique en général est un instrument de la science et de l'omnidisciplinarité, dans la mesure où la logique en général codifie des normes de l'expression et de la communication des connaissances, indifféremment (jusqu'à un certain point !) du degré de l'intelligence du sujet de la complexité de la réalité qu'il a en vue.

Par tout ce que nous avons mentionné jusqu'ici, nous avons eu l'intention de mettre en lumière le rôle de pionnier de Stéphane Lupasco et l'apport éclaircissisant de Basarab Nicolescu par rapport à la vision "quantique" du monde [55]. La démarche de Stéphane Lupasco et de ses continuateurs, dans la direction de la valorisation du tiers supra-venant, se constitue en pages durables et admirables d'épistémologie et de philosophie de la connaissance. Mais, parce que la nature ne se contredit pas et l'homme n'aspire pas à la confusion, ou à la contradiction non plus, je veux dire aussi que le syntagme "logique de la contradiction" n'est pas l'expression qui traduit de façon adéquate et de manière heureuse l'idée-force de l'ample aventure spirituelle vers laquelle nous attire de plus en plus Stéphane Lupasco.

Nous disons donc,"Oui", aux syntagmes du genre "structure ternaire" (ou structure "tripolaire") et "structure polyadique" (ou "structure multipolaire"), "logique de l'opposition" et "logique antagoniste", "coexistence antagoniste" et "égalité antagoniste", "déficit conflictuel", "manque de force antagoniste" ou "éthique du conflit".

Cependant, nous ne pouvons pas être d'accord avec des syntagmes tels "logique de la contradiction" et "coexistence des valeurs du contradictoire".

fig.9

9. Différence entre la contradiction entre "A" et "B" (comme relation logique dyadique)
et la contrarieté entre "A", "B" et "C" (comme relation tout au moins triadique)

On ne peut pas accepter une logique de la contradiction, d'abord parce que la relation de contradiction est un relation binaire (ou dyadique) et elle ne peut pas être mise en concurrence avec le tiers inclus ! Lorsque le tiers apparaît entre les contradictoires ("protocordés", entre "vertébrés" et "non-vertébrés", par exemple), ces dernières deviennent des notions contraires ("symétrie" et "asymétrie", par exemple, à côté de "non - symétrie"; "réflexivité" et "irréflexivité", à côté de "non - réflexivité"; "transitivité" et "intransitivité", à côté de "non-transitivité"; "non - modération" et "insensibilité", à côté de "modération"; "irrascibilité" et "apathie", à côté de "douceur"; "timidité" et "indécence", à côté de "pudeur"; etc.).

X
XY X~Y
X~YZ X~Y~Z
X~Y~ZT X~Y~Z~T
X~Y~Z~TW X~Y~Z~T~W

10. L'arbre porphyrien d'une notion, d'où résulte que l'exclusion du tiers des
contradictoires ne signifie pas l'exclusion du tiers des contraires

Deuxièmement, nous ne pouvons pas consentir à une logique de la contradiction parce que, à côté du tiers inclus, tout aussi attirants pourraient s'avérer le "quart inclus", ou la "quinte incluse", ainsi de suite, et tous ces raffinements de la connaissance et tous ces rapprochements de la réalité restent entièrement compatibles avec la "structure répétitive" des degrés d'identité et des degrés d'opposition de la logique formelle courante elle-même, utile et dans la structuration des états d'énérgie, et dans le contrôle logique des "états du temps", et dans l' "emballage" des jours de la semaine, et dans beaucoup d'autres situations pratiquement infinies. Au fond, un terme contradictoire ne fait que fermer les ( n - 1) partenaires d'une file que contient n termes contraires et cette relation simple entre la contrariété et la contradiction était très bien comprise dès l'époque des "arbres porphyriens" : X = XY X~Y = XY (X~YZ X~Y~Z) = XY (X~YZ (X~Y~ZT X~Y~Z~T)) = ...".

fig.11

11. L'arbre porphyrien des états énergétiques de la logique du dynamisme contradictoire (de
Stéphane Lupasco) et sa projection dans des "graphes conceptuels" qui soulignent la relation
entre la contrariété et la contradiction (respectivement non-contradiction) en accord avec
la logique traditionnelle (de l'exclusion du tiers des contradictoires et de
son inclusion entre les contraires)

Dans la figure (11) on peut constater la façon dont la négation contradictoire couvre deux de trois termes : dans l'une de variantes, la "non - actualisation" couvre la "potentialisation" et la "non - potentialisation", pour que la "non - potentialisation" s'identifie à l' "état T"; dans une deuxième variante, la "non - potentialisation" couvre l'"actualisation" et la "non - actualisation", pour que la "non - actualisation" s'identifie à l' "état T"; dans la dernière variante, le "non - (état T)" couvre l' "actualisation" et la "non - actualisation" pour que la "non - actualisation" s'identifie à la "potentialisation".

fig.12

12. La projection "hexagonale" de l'arbre porphyrien pour les jours de la semaine
(d'où résulte, une fois de plus, que la non-contradiction de la logique aristotélicienne
n'est pas compatible avec le tiers inclus et le pluralisme des termes contraires)

Dans la figure (12), par l'intermédiaire du même mécanisme logique, connu par Aristote, par Porphyre et par tant d'autres, la négation contradictoire couvre, lors d'une première étape, six, puis cinq, quatre, trois, deux et finalement un des sept termes qui expriment les jours de la semaine : " jour différent de lundi " = " mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi ou dimanche "; " jour différent du lundi et du mardi " = " mercredi, jeudi, vendredi, samedi ou dimanche "; " jour différent du lundi, du mardi et du mercredi " = " jeudi, vendredi, samedi ou dimanche "; " jour différent du lundi, du mardi, du merredi et du jeudi " = " vendredi, samedi ou dimanche ", et ainsi de suite.

fig.13

13. La projection "hexagonale" de l'arbre porphyrien pour
les états de l'énergie et du dynamisme

Enfin, la figure (13) réduit le "ternaire" de Stéphane Lupasco à un inventaire ouvert de termes qui expriment le pourcentage des "états de l'énergie" et du "dynamisme antagoniste", pour souligner, s'il en était encore besoin, la compatibilité de l'exclusion du tiers des entités contradictoires avec l'inclusion du tiers entre des entités contraires.

Pour finir, nous dirons que le message de l'épistémologie et de la philosophie de Stéphane Lupasco, continué de façon si éclairante par le physicien et l'essayiste Basarab Nicolescu, est la propagation de la complémentarité et de la co-relativité vers toutes les sphères de la connaissance humaine, la vision du réel à partir de paramètres systémiques et morpho-génétiques, la réconciliation de l'homme avec la nature et celle des sciences exactes avec les sciences humaines, la résurrection d'une métaphysique authentique, en relation avec un énergétisme surpris à tous les niveaux de l'existence, la constitution d'une nouvelle culture et la recherche d'un nouveau type d'humanisme.

L'une ou l'autre des articulations de la fascinante vision néo-rationaliste et post-moderniste, amplement et longuement travaillées par Stéphane Lupasco dans les ouvrages, les études et les entretiens qui couvrent plus de cinq décennies de réflexions non-interrompues, rencontrent des conceptions d'autres penseurs roumains ou d'origine roumaine. Même si elles sont partielles, les coïncidences en question soulignent l'actualité des certains motifs logico-épistémologiques : les horizons de réalité et les niveaux de complexité dans l'organisation du réel ou dans la structuration de la connaissance de celui-ci.

Petru IOAN
Professeur de logique à l'Université
de Iasi (Roumanie),
Président de la Fondation Internationale
"Stéphane Lupasco"
pour la science et la culture

RÉFÉRENCES


[1] Annibale Pastore, La Ldp (logica del potenziamento) nelle sue relazione con la scienza e la filosofia, "Atti dell'VIII congr. naz. di Filos.", Roma, 1933; Sulla intuizio ne logica secondo la Ldp, "Arch. di Filos.", 1934; Il problema del transcendente nella scienza e la Ldp, "Arch. di Filos.", 1937; La logica del Potenziamento, coi Principi di Pietro Mosso, Rondinella, Napoli, 1936. Cf., aussi, Giuseppe Russo, Annibale Pastore : Instanze e limiti della logica del potenziamento / Annibale Pastore : Proposals and Limitations of the Logic of the Raising to Power, Edizione Greco, Catania, 1982.

[2] Franco Spisani, Foundations of Productive Logic (à partir du no 3 de l'"International Logic Review"); Principles of Productive Logic (à partir du no 1 de l'"International Logic Review"); Outlines of Productive Logic (à partir du no 6 de l'"International Logic Review"). Voir aussi Guy Poncelet, Sur la logique productive, "International Logic Review", 14, 1976 pp. 137-141; Petru Ioan, Conturul labil al unei logici a identitãtii si diferentei, dans : P. Ioan, Logicã si metalogicã, Editura Junimea, Iasi, 1983, pp. 161 - 164.

[3] François Paulhan, La logique de la contradiction, Félix Alcan, Paris, 1911.

[4] Ayda I. Arruda, A Survey of Paraconsistent Logic, dans : A. I. Arruda, R. Chuaqui and N. C. A. da Costa (eds.), Mathematical Logic in Latin America, North Holland, Amsterdam, 1980, pp. 1-41.

[5] Stéphane Lupasco, Logique et contradiction, P. U. F., Paris, 1947, ch. II, apud : Stéphane Lupasco, Logica dinamicã a contradictoriului, Editura Politicã, Bucuresti, 1982, p. 181.

[6] Stéphane Lupasco, Les trois matières, Julliard, Paris, 1960, ch. "Les dialectiques de l'énergie", apud : Stéphane Lupasco, Logica dinamicã a contradictoriului, Editura Politicã, Bucuresti, 1982, p. 62.

[7] L. Laudan, From Theories to Research Traditions, in : A. Brody & R. E. Grandy (eds.), Readings in the Philosophy of Science, Prentice Hall, Englowood Clifs, New Jersey, 1989.

[8] Basarab Nicolescu, La Transdisciplinarité, Manifeste, Editions du Rocher, Monaco, pp. 44-48.

[9] Dans le sens plus ancien (de la dualité de l'affirmation et de la négation, ou de la vérité et du faux), mais aussi dans le sens plus nouveau (de la dualité d'Animus et Anima), dans l'oeuvre de Sigmund Freud ; voir Étienne Got, dans La pensée binaire. Jalons pour une logique du Devenir, Paris, 1973.

[10] Schéma réconfirmé, entre autres, par Jean Gorren, dans sa dialectique "analytique" ( Précis de dialectique, 1936 ; Théorie analytique de la dialectique, "Épistémologie sociologique",7, 1969 ).

[11] Stéphane Lupasco, Les trois matières, Julliard, Paris, 1960, ch. "Les dialectiques de l'énergie", apud : Stéphane Lupasco, Logica dinamicã a contradictoriului, Editura Politicã, Bucuresti, 1982, pp. 37 sqq.; Idem, L'énergie et la matière psychique (ch. IV : "Les logiques normales et pathologiques"), Julliard, Paris, 1974, apud : Stéphane Lupasco, Logica dinamicã a contradictoriului, Editura Politicã, Bucuresti, 1982, pp. 323 sqq.

[12] Basarab Nicolescu, Nous, la particule et le monde, Le Mail, Paris, 1985; Science, Meaning and Evolution : The Cosmology of Jakob Boehme, Parabola Books, New York, 1991, pp. 200-201 ; Niveaux de complexité et niveaux de réalité : vers une nouvelle définition de la nature, in : Michel Casenave et Basarab Nicolescu (éds.), L'homme, la science et la nature. Regards transdisciplinaires, Éditions Le Mail, Aix-en-Provence, 1994, pp. 20-21, 37.

[13] Signalés, déjà, par Jacques Maritain, dans : Distinguer pour unir ou Les degrés du savoir (Desclée de Brouwer, Paris, 1982). Cf. : [12], pp. 34, 37.

[14] Edgar Morin, La Méthode, 4 : Les Idées, Seuil, Paris, 1991. Cf. [12], pp. 23, 37.

[15] Ervin Laszlo, The Systems View of the World, George Braziller, Inc. New York, 1972; Erich Jantsch, The Self-Organizing Universe, Pergamon, Elmsford, New York, 1980. Cf. [12], pp. 23, 37.

[16] Jean-Jacques Wunenburger, La raison contradictoire, Albin Michel, Paris, 1989. Cf. [12], pp. 22, 37.

[17] Gilbert Durand, L'imagination symbolique, Quadrige / P. U. F., Paris, 1984. Cf. [12], pp. 22, 37.

[18] Antoine Faivre, Accès de l'ésotérisme occidental, Gallimard, Paris, 1986. Cf. [12], pp. 22, 37.

[19] Stéphane Lupasco, Le principe d'antagonisme et la logique de l'énergie. Prolégomènes à une science de la contradiction (ch. "Le sujet et l'objet logiques et la logique du sujet et de l'objet"), Hermann & Co., Paris, 1951, apud : Stéphane Lupasco, Logica dinamicã a contradictoriului, Editura Politicã, Bucuresti, 1982, p. 139.

[20] Lucian Blaga, Eonul dogmatic (1931), in : Lucian Blaga, Opere, vol. 8, Teoria cunosterii, Editura Minerva, Bucuresti, 1983, p. 236.

[21] Karl Gross, Aufbau der Systeme, 1924, pp. 315-316; apud Mircea Florian, Recesivitatea ca structurã a lumii, vol. 1, Editura Eminescu, Bucuresti, 1983, p. 99.

[22] Constantin Noica, Devenirea întru fiintã, Editura Stiintificã si Enciclopedicã, Bucuresti, 1981, pp. 76-118, 119, 120, 128, 377-378. Cf. aussi : Petru Ioan, Logicã si ontologie, "Revista de Filosofie", tom XXIX, 5, 1982, pp. 513 - 517.

[23] Marin Stefãnescu, Le dualisme logique. Essai sur l'importance de sa réalité pour le problème de la connaissance, Félix Alcan, Paris, 1915.

[24] Constantin Noica, Avant-propos à : Stéphane Lupasco, Logica dinamicã a contradictoriului, Editura Politicã, Bucuresti, 1982, p. 11.

[25] Petru Ioan, Modalitãti de raportare a dialecticii la logicã, in : Petre Dumitrescu (coord.), Coordonate ale gîndirii filosofice si social - politice românesti contemporane, Editura Junimea, Iasi, 1989, pp. 84-137.

[26] Avec le sous-titre Deschideri si resemnificãri în universul actual al formalismelor (IIIème section : "Logicã si realitate : probleme si pseudo-probleme în legãturã cu logica dialecticã / Logique et réalité : problèmes et pseudo-problèmes concernant la logique dialectique"), Editura Didacticã si Pedagogicã, Bucuresti, 1995, pp. 171-241.

[27] Mario Bunge, Scientific Materialism, D. Reidel P. C., Dordrecht, Boston, London, 1981. Pour regulae philosophandi more geometrico et scientifico, cf. aussi : Mario Bunge, Treatise on Basic Philosophy, vol. 3, D. Reidel P. C., Dordrecht, Boston, 1977, pp. 8-9.

[28] Dominique Dubarle, Dialectique hégélienne et formalisation, dans : D. Dubarle et André Doz, Logique et dialectique, Larousse, Paris, 1972

[29] Qui peut être suivie sur la dimension des correlativités "horizontales" et sur celle des récurrences "verticales". Cf. : Petru Ioan, Orizonturi logice, Editura Didacticã si Pedagogicã, Bucuresti, 1995, pp. 228-239.

[30] Dan Bãdãrãu, Scrieri filosofice alese, Editura Academiei Române, Bucuresti, 1979.

[31] Athanase Joja, Studii de logicã, Editura Academiei, Bucuresti, 1960 - 1966.

[32] Nicholas Georgescu-Roegen, Legea entropiei si procesul economic, trad. de l'anglais, Editura Politicã, Bucuresti, 1979.

[33] Ion Heliade Rãdulescu, Echilibrul între antiteze, 1859-1869. Un volume de "Thèses et antithèses" a été publié en 1936 (à "Cultura nationalã") par le philosophe, l'essayiste et l'ecrivain Camil Petrescu.

[34] Mircea Florian, Recesivitatea ca structurã a lumii, vol. 1, Editura Eminescu, Bucuresti, 1983, p. 85.

[35] Constantin Noica, Principiile logicii si legile lui Newton, în "Probleme de logicã", vol. IV, Editura Academiei Române, Bucuresti, 1972.

[36] Lucian Blaga, Eonul dogmatic (1931), Cunoasterea lucifericã (1933) et Cenzura transcendentã (1934), rééditées dans : [36] Lucian Blaga, Opere, vol. 8, Teoria cunosterii, Editura Minerva, Bucuresti, 1983.

[37] Constantin Noica, Scrisori despre logica lui Hermes, Cartea Româneascã, Bucuresti, 1986. Cf. aussi : Petru Ioan, Logicã si filosofie, "Revista de filosofie", 5, 1982, pp. 513-517.

[38] Athanase Joja, Asupra unor aspecte ale logicii dialectice, réédité dans : Athanase Joja, Studii de logicã, vol. I, Editura Academiei, Bucuresti, 1960, pp. 75-76.

[39] Ferdinand Gonseth, La logique en tant que physique de l'objet quelconque, "Actes du Congrès International de Philosophie Scientifique", VI, Hermann & Co., Paris, 1936, pp. 1-23; Qu'est-ce la logique?, Hermann & Co., Paris, 1937.

[40] Petru Ioan, Linéaments pour une réhabilitation des principes de la pensée du point de vue formel, "Contributed Papers of 5th International Congres of Logic, Methodology and Philosophy of Science", London / Ontario, Canada, 1975, IV, pp. 7-8. ; Petru Ioan, Adevãr si performantã. Pretexte si contexte semiologice (ch. 2 : "Normele aletice formale - contributii la o teorie a principiilor logice ca relatii dintre propozitii si concepte"), Editura Stiintificã si Enciclopedicã, Bucuresti, 1987, pp. 53 - 123.

[41] Nicholas Rescher, On the Logic of Chronological Propositions, "Mind", 75, 1965 (cf. : N. Rescher, Topics in Philosophical Logic, D. Reidel P. C., Dordrecht, 1968); N. Rescher & A. Urquhart, Temporal Logic, Springer - Verlag, Viena, New York, 1971; Jean-Louis Gardies, La logique du temps P. U. F., Paris, 1975; etc.

[42] A. N. Prior, Time and Modality, London, 1957; Past, Present and Future, London / Oxford, 1967.

[43] G. H. von Wright, Norm and Action, Routledge & Kegan Paul, London, 1963 (trad. en roumain, Editura Stiintificã si Enciclopedicã, Bucuresti, 1982); An Essay in Deontic logic and General Theory of Action, "Acta Philosophica Fennica", XXI, 1968; etc. Cf. aussi : Cornel Popa, Teoria actiunii si logica formalã, Editura Stiintificã si Enciclopedicã, Bucuresti, 1984 (ch. 5, "Logica actiunii"); Petru Ioan, Logicã si actiune. Conturul si semnificatia "Noului Organon" întruchipat prin logicile discursului practic, dans : P. Ioan, Orizonturi logice, Editura Didacticã si Pedagogicã, Bucuresti, 1995, pp. 7 - 79; etc.

[44] Bogdan V. Sesic, Foundations of the Logic of Change and Development, in : "International Logic Review", 4, 1971; idem, Logic of Change, Azzoguide ed., Bologna, 1972; Productive Logic and Foundations of A Logic of Variable Predicates ("LVP"), in "International Logic Review", 14, 1976. Cf. Petru Ioan, Logicã si metalogicã, Editura Junimea, Iasi, 1983, pp. 165-170.

[45] Jan Lukasiewicz, O logice trójwartosciowej ( Asupra logicii trivalente), "Ruch Filozoficzny", 5, 1920, pp. 160-171; Emil L. Post, Introduction to a General Theory of Elementary Propositions, "American Journal of Mathematics", XL, 1921, pp. 163-183.

[46] Alfred Korzybski, Science and Sanity, 1933; nouvelle édition, The International Non-Aristotelian P. C., Lakeville, Connecticut, 1958. Cf. [12], pp. 31, 38.

[47] Hans Reichenbach, Wahrscheinlichkeitslehre, Leyden, 1935; Idem, The Theory of Probality, Berkeley, Los Angeles, 1949. Cf. aussi : Anton Dumitriu, Logica polivalentã, Editura Enciclopedicã Românã, Bucuresti, 1971, pp. 276 - 314 (ch. 8 : "Logica probabilitãtilor").

[48] Grigore C. Moisil, Lectii despre logica rationamentului nuantat, Editura Stiintificã, Bucuresti, 1975.

[49] G. H. von Wright, Deontic Logic, "Mind", 1951; Modal Logic, 1951. Cf. : Krister Segerberg, A Deontic Logic of Action, "Studia Logia", 41, 1982; Petru Ioan, Orizonturi logice, Editura Didacticã si Pedagogicã, Bucuresti, 1995, pp. 16 sqq.

[50] Georges Kalinowski, La logique des normes, P. U. F., Paris, 1970.

[51] Aristote, L'éthique à Nicomach, livre II, VI, 6 sqq.

[52] Cf. André Thayse et les autres, Approche logique de l'Intelligence Artificielle, 1, Bordas, Paris, 1988, pp. 17, 138 - 140.

[53] Aram Frankian, Scepticismul grec si filosofia indianã, Editura Stiintificã, Bucuresti, 1957.

[54] Petre Botezatu, Dimensiunile adevãrului, dans : P. Botezatu (éd.), Adevãruri despre adevãr, Junimea, Iasi, 1980, pp. 3-47; Petru Ioan, Nivelurile adevãrului. Sugestii ale modelului semiotic în criteriologia cunostintei, dans : P. Ioan, Adevãr si performantã, Ed. Stiintificã si Enciclopedicã, Bucuresti, 1987, pp. 34-36.

[55] Basarab Nicolescu, Science et contradiction, "Psychologie humaniste", 23, 1983, p. 20.

Bulletin Interactif du Centre International de Recherches et Études transdisciplinaires n° 13 - Mai 1998

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