UNE NOUVELLE VISION DU MONDE
LA TRANSDISCIPLINARITÉ

Extrait du livre LA TRANSDISCIPLINARITÉ - Manifeste, par Basarab Nicolescu
Éditions du Rocher, Monaco - Collection "Transdisciplinarité"


Le processus de déclin des civilisations est d'une grande complexité et il plonge ses racines dans la plus totale obscurité. Bien entendu, on peut trouver après coup de multiples explications et rationalisations, sans parvenir à dissiper le sentiment d'un irrationnel agissant au coeur même de ce processus. Les acteurs d'une civilisation bien déterminée, des grandes masses aux grands décideurs, même s'ils prennent plus ou moins conscience du processus de déclin, semblent impuissants à arrêter la chute de leur civilisation. Une chose est certaine : un grand décalage entre les mentalités des acteurs et les nécessités internes de développement d'un type de société, accompagne toujours la chute d'une civilisation. Tout se passe comme si les connaissances et les savoirs qu'une civilisation ne cesse d'accumuler ne pouvaient être intégrées dans l'être intérieur de ceux qui composent cette civilisation. Or, après tout, c'est l'être humain qui se trouve ou devrait se trouver au centre de toute civilisation digne de ce nom.

La croissance sans précédent des savoirs à notre époque rend légitime la question de l'adaptation des mentalités à ces savoirs. L'enjeu est de taille car l'extension continue de la civilisation de type occidental à l'échelle planétaire rendrait sa chute équivalente à un incendie planétaire sans commune mesure avec les deux premières guerres mondiales.

Pour la pensée classique il n'y a que deux solutions de sortie d'une situation de déclin : la révolution sociale ou le retour à un supposé "âge d'or".

La révolution sociale a déjà été expérimentée au cours du siècle qui s'achève et ses résultats ont été catastrophiques. L'homme nouveau n'était qu'un homme creux et triste. Quels que soient les aménagements cosmétiques que le concept de "révolution sociale" ne tardera de subir dans l'avenir, ils ne pourront pas effacer de notre mémoire collective ce qui a été effectivement expérimenté.

Le retour à l'âge d'or n'a pas encore été essayé, pour la simple raison que l'âge d'or n'a pas été retrouvé. Même si on suppose que cet âge d'or a existé dans des temps immémoriaux, ce retour devrait nécessairement s'accompagner d'une révolution intérieure dogmatique , image en miroir de la révolution sociale. Les différents intégrismes religieux qui couvrent la surface de la terre de leur manteau noir sont un mauvais présage de la violence et du sang qui pourraient jaillir de cette caricature de "révolution intérieure".

Mais, comme toujours, il y a une troisième solution. Cette troisième solution fait l'objet du présent manifeste.

L'harmonie entre les mentalités et les savoirs présuppose que ces savoirs soient intelligibles, compréhensibles. Mais une compréhension peut-elle encore exister à l'ère du big bang disciplinaire et de la spécialisation à outrance ?

Un Pic de la Mirandole à notre époque est inconcevable. Deux spécialistes de la même discipline ont aujourd'hui du mal à comprendre leurs propres résultats réciproques. Cela n'a rien de monstrueux dans la mesure où c'est l'intelligence collective de la communauté attachée à cette discipline qui la fait progresser, et non pas un seul cerveau qui devrait forcément connaître tous les résultats de tous ses collègues-cerveaux, ce qui est impossible. Car il y a aujourd'hui des centaines de disciplines. Comment un physicien théoricien des particules pourrait-il vraiment dialoguer avec un neurophysiologiste, un mathématicien avec un poète, un biologiste avec un économiste, un politicien avec un informaticien, au-delà de généralités plus ou moins banales ? Et pourtant un véritable décideur devrait pouvoir dialoguer avec tous à la fois. Le langage disciplinaire est un barrage apparemment infranchissable pour un néophyte. Et nous sommes tous les néophytes des autres. La Tour de Babel serait-elle inévitable ?

Néanmoins, un Pic de la Mirandole à notre époque est concevable dans la forme d'un superordinateur dans lequel on pourrait injecter toutes les connaissances de toutes les disciplines. Ce superordinateur pourrait tout savoir mais ne rien comprendre. L'utilisateur de ce superordinateur ne serait pas dans une meilleure situation que le superordinateur lui-même. Il aurait instantanément accès à n'importe quel résultat de n'importe quelle discipline, mais il serait incapable de comprendre leurs significations et encore moins de faire des liens entre les résultats des différentes disciplines.

Ce processus de babélisation ne peut pas continuer sans mettre en danger notre propre existence, car il signifie qu'un décideur devient, malgré lui, de plus en plus incompétent. Les défis majeurs de notre époque, comme par exemple les défis d'ordre éthique, réclament de plus en plus de compétences. Mais la somme des meilleurs spécialistes dans leurs domaines ne peut engendrer, de toute évidence, qu'une incompétence généralisée, car la somme des compétences n'est pas la compétence : sur le plan technique, l'intersection entre les différents domaines du savoir est un ensemble vide. Or, qu'est-ce qu'un décideur, individuel ou collectif, sinon celui qui est capable de prendre en compte toutes les données du problème qu'il examine ?

Le besoin indispensable de liens entre les différentes disciplines s'est traduit par l'émergence, vers le milieu du XXème siècle, de la pluridisciplinarité et de l'interdisciplinarité.

La pluridisciplinarité concerne l'étude d'un objet d'une seule et même discipline par plusieurs disciplines à la fois . Par exemple, un tableau de Giotto peut être étudié par le regard de l'histoire de l'art croisé avec celui de la physique, la chimie, l'histoire des religions, l'histoire de l'Europe et la géométrie. Ou bien, la philosophie marxiste peut être étudiée par le regard croisé de la philosophie avec la physique, l'économie, la psychanalyse ou la littérature. L'objet sortira ainsi enrichi du croisement de plusieurs disciplines. La connaissance de l'objet dans sa propre discipline est approfondie par un apport pluridisciplinaire fécond. La recherche pluridisciplinaire apporte un plus à la discipline en question (l'histoire de l'art ou la philosophie, dans nos exemples), mais ce "plus" est au service exclusif de cette même discipline. Autrement dit, la démarche pluridisciplinaire déborde les disciplines mais sa finalité reste inscrite dans le cadre de la recherche disciplinaire.

L'interdisciplinarité a une ambition différente de celle de la pluridisciplinarité. Elle concerne le transfert des méthodes d'une discipline à l'autre . On peut distinguer trois degrés de l'interdisciplinarité : a) un degré d'application . Par exemple, les méthodes de la physique nucléaire transférées à la médecine conduisent à l'apparition de nouveaux traitements du cancer ; b) un degré épistémologique . Par exemple, le transfert des méthodes de la logique formelle dans le domaine du droit génère des analyses intéressantes dans l'épistémologie du droit ; c) un degré d'engendrement de nouvelles disciplines . Par exemple, le transfert des méthodes de la mathématique dans le domaine de la physique a engendré la physique mathématique, de la physique des particules à l'astrophysique - la cosmologie quantique, de la mathématique aux phénomènes météorologiques ou ceux de la bourse - la théorie du chaos, de l'informatique dans l'art - l'art informatique. Comme la pluridisciplinarité, l'interdisciplinarité déborde les disciplines mais sa finalité reste aussi inscrite dans la recherche disciplinaire . Par son troisième degré, l'interdisciplinarité contribue même au big bang disciplinaire.

La transdisciplinarité concerne, comme le préfixe "trans" l'indique, ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les différentes disciplines et au delà de toute discipline. Sa finalité est la compréhension du monde présent , dont un des impératifs est l'unité de la connaissance.

Y a-t-il quelque chose entre et à travers les disciplines et au delà de toute discipline ? Du point de vue de la pensée classique il n'y a rien, strictement rien. L'espace en question est vide, complètement vide, comme le vide de la physique classique. Même si elle renonce à la vision pyramidale de la connaissance, la pensée classique considère que chaque fragment de la pyramide, engendré par le big bang disciplinaire, est une pyramide entière ; chaque discipline clame que le champ de sa pertinence est inépuisable. Pour la pensée classique, la transdisciplinarité est une absurdité car elle n'a pas d'objet. En revanche pour la transdisciplinarité, la pensée classique n'est pas absurde mais son champ d'application est reconnu comme étant restreint.

En présence de plusieurs niveaux de Réalité, l'espace entre les disciplines et au delà des disciplines est plein, comme le vide quantique est plein de toutes les potentialités : de la particule quantique aux galaxies, du quark aux éléments lourds qui conditionnent l'apparition de la vie dans l'Univers.

La structure discontinue des niveaux de Réalité détermine la structure discontinue de l'espace transdisciplinaire , qui, à son tour, explique pourquoi la recherche transdisciplinaire est radicalement distincte de la recherche disciplinaire, tout en lui étant complémentaire. La recherche disciplinaire concerne, tout au plus, un seul et même niveau de Réalité ; d'ailleurs, dans la plupart des cas, elle ne concerne que des fragments d'un seul et même niveau de Réalité. En revanche, la transdisciplinarité s'intéresse à la dynamique engendrée par l'action de plusieurs niveaux de Réalité à la fois . La découverte de cette dynamique passe nécessairement par la connaissance disciplinaire. La transdisciplinarité, tout en n'étant pas une nouvelle discipline ou une nouvelle hyperdiscipline, se nourrit de la recherche disciplinaire, qui, à son tour, est éclairée d'une manière nouvelle et féconde par la connaissance transdisciplinaire. Dans ce sens, les recherches disciplinaires et transdisciplinaires ne sont pas antagonistes mais complémentaires.

Les trois piliers de la transdisciplinarité - les niveaux de Réalité, la logique du tiers inclus et la complexité - déterminent la méthodologie de la recherche transdisciplinaire .

Un saisissant parallèle existe entre les trois piliers de la transdisciplinarité et les trois postulats de la science moderne.

Les trois postulats méthodologiques de la science moderne sont restés inchangés de Galilée jusqu'à nos jours, malgré l'infinie diversité des méthodes, théories et modèles qui ont traversé l'histoire des différentes disciplines scientifiques. Mais une seule science satisfait entièrement et intégralement les trois postulats : la physique. Les autres disciplines scientifiques ne satisfont que partiellement les trois postulats méthodologiques de la science moderne. Toutefois, l'absence d'une formalisation mathématique rigoureuse de la psychologie, de l'histoire des religions et d'une multitude d'autres disciplines ne conduit pas à l'élimination de ces disciplines du champ de la science. Même les sciences de pointe, comme la biologie moléculaire, ne peuvent pas prétendre, tout du moins pour l'instant, à une formalisation mathématique aussi rigoureuse que celle de la physique. Autrement dit, il y a des degrés de disciplinarité en fonction de la prise en compte, plus ou moins complète, des trois postulats méthodologiques de la science moderne.

De même, la prise en compte plus ou moins complète des trois piliers méthodologiques de la recherche transdisciplinaire engendre différents degrés de transdisciplinarité . La recherche transdisciplinaire correspondant à un certain degré de transdisciplinarité s'approchera plutôt de la multidisciplinarité (comme dans le cas de l'éthique) ; celle à un autre degré - de l'interdisciplinarité (comme dans le cas de l'épistémologie) ; et celle encore à un autre degré - de la disciplinarité.

La disciplinarité, la pluridisciplinarité, l'interdisciplinarité et la transdisciplinarité sont les quatre flèches d'un seul et même arc : celui de la connaissance .

Comme dans le cas de la disciplinarité, la recherche transdisciplinaire n'est pas antagoniste mais complémentaire de la recherche pluri et interdisciplinaire. La transdisciplinarité est néanmoins radicalement distincte de la pluridisciplinarité et de l'interdisciplinarité, de par sa finalité, la compréhension du monde présent, qu'il est impossible d'inscrire dans la recherche disciplinaire. La finalité de la pluri et de l'interdisciplinarité est toujours la recherche disciplinaire. Si la transdisciplinarité est si souvent confondue avec l'interdisciplinarité et la pluridisciplinarité (comme, d'ailleurs, l'interdisciplinarité est si souvent confondue avec la pluridisciplinarité), cela s'explique en majeure partie par le fait que toutes les trois débordent les disciplines. Cette confusion est très nocive dans la mesure où elle occulte les finalités différentes de ces trois nouvelles approches.

Tout en reconnaissant le caractère radicalement distinct de la transdisciplinarité par rapport à la disciplinarité, la pluridisciplinarité et l'interdisciplinarité, il serait extrêmement dangereux d'absolutiser cette distinction, auquel cas la transdisciplinarité serait vidée de tout son contenu et son efficacité dans l'action réduite à néant.

Le caractère complémentaire des approches disciplinaire, pluridisciplinaire, interdisciplinaire et transdisciplinaire est mis en évidence d'une manière éclatante, par exemple, dans l'accompagnement des mourants . Cette démarche relativement nouvelle de notre civilisation est d'une extrême importance, car, en reconnaissant le rôle de notre mort dans notre vie, nous découvrons des dimensions insoupçonnées de la vie elle-même. L'accompagnement des mourants ne peut faire l'économie d'une recherche transdisciplinaire dans la mesure où la compréhension du monde présent passe par la compréhension du sens de notre vie et du sens de notre mort en ce monde qui est nôtre.



The International Center for Transdisciplinary Research (CIRET)
http://ciret-transdisciplinarity.org/transdisciplinarity.php - Last modified on : Saturday, October 20 2012 13:23:45

A NEW VISION OF THE WORLD
TRANSDISCIPLINARITY

 

Except from the book MANIFESTO OF TRANSDISCIPLINARITY by Basarab Nicolescu

SUNY Press, USA
Translation by Karen-Claire Voss

The process of the decline of civilizations is one of enormous complexity and its roots lie deeply buried in the most profound obscurity. Of course one can find multiple after the fact explanations and rationalizations without ever successfully dispelling the feeling that there is an irrational element at work in the very heart of the process. From the great masses to the great decision makers, the actors in a very well-defined civilization, even if they become more or less aware of the processes of decline, appear powerless to stop the fall of their civilization.

One thing is certain: a great unbalance between the mentalities of the actors and the inner needs of the development of a particular type of society always accompanies the fall of a civilization. Although a civilization never stops proliferating new knowledge, it is as if that knowledge can never be integrated within the interior being of those who belong to this civilization. And after all, it is the human being who must be placed in the center of any civilization worthy of the name.

The unprecedented increase of knowledge in our era renders the question of how to adapt our mentality to this knowledge a legitimate challenge. The challenge is enormous because the influence of the Western style of civilization throughout the planet is so pervasive that its downfall would be the equivalent of a planetary conflagration far exceeding the destruction which we suffered in the two world wars.

Within the framework of classical thought, the only existing solutions for escape from a declining situation are a social revolution or a return to a supposedly "Golden Age".

Social revolution has already been experienced in the course of the century now coming to an end and its results have been catastrophic. The New Man turned out to be only a sad, empty man. No matter what cosmetic ameliorations the concept of "social revolution" undergoes they will never be able to erase from our collective memory that which has actually been experienced.

The return to a Golden Age has not yet been tried, for the simple reason that the existence of a Golden Age in the first place has not been established. Even if one supposes that a Golden Age did exist in time immemorial, such a return would necessarily have to be accompanied by an interior dogmatic revolution , the mirror image of the social revolution. The different religious fundamentalisms which cover the surface of the earth with their black mantle are an evil portent of the violence and blood which would burst forth from this caricature of authentic "interior revolution."

As always, there is a third solution. This third solution constitutes the object of the present manifesto.

Harmony between mentalities and knowledge presupposes that these known facts would be intelligible, comprehensible. But can such understanding exist in the era of the disciplinary big bang and relentless specialization?

In our time, a Pico della Mirandola is inconceivable. Today, two specialists in the same discipline must make a serious effort in order to understand their respective results. There is nothing especially troubling about this in so far as it is the collective intelligence of the community attached to this discipline which makes it progress, not simply a single brain which must necessarily know all the results of all his colleagues' brains, clearly an impossibility. Today there are hundreds of disciplines. How can a theoretical particle physicist truly dialogue with a neurophysiologist, a mathematician with a poet, a biologist with an economist, a politician with a computer programmer, beyond mouthing more or less trivial generalities? Yet, a true decision-maker must be able to dialogue with all of them at once. Disciplinary language is an apparently insurmountable barrier for a neophyte, and each of us is a neophyte in some area. Is a modern tower of Babel inevitable?

Perhaps a Pico della Mirandola in our time could be conceivable if he took the form of a supercomputer into which one could load all the known data which has been generated by all existing disciplines. This supercomputer would be capable of knowing everything while understanding nothing. Its user would be no better off than the supercomputer itself. The user would have immediate access to any results from any discipline, but would be incapable of understanding their meanings, still less of making connections between the results of different disciplines.

This process of "Babelization" cannot continue without putting our own existence into danger because a decision-maker becomes increasingly more incompetent regardless of his or her intention. Without exception, each of the major challenges of our era -- for example, the challenge of formulating an ethics adapted to the contemporary world -- require more and more compe tencies. However, it is obvious that even a group comprised of the best specialists from all the various disciplines would only be able to develop one generalized incompetence, for the simple reason that the sum total of competencies is not competence: on the technical level, the intersection between different domains of knowledge is an empty ensemble. Now, what is a decision maker, individual or collective, if not capable of taking into account all the givens of the problem being examined?

The indispensable need for bridges between the different disciplines is attested to by the emergence of pluridisciplinarity and interdisciplinarity around the middle of the 20th century.

Pluridisciplinarity concerns studying a research topic not in only one discipline but in several at the same time . For example, a painting by Giotto can be studied not only within art history but within history of religions, European history, and geometry. Or else Marxist philosophy can be studied with a view toward blending philosophy with physics, economics, psychoanalysis or literature. The topic in question will ultimately be enriched by blending the perspectives of several disciplines. Moreover, our understanding of the topic in terms of its own discipline is deepened by a fertile multidisciplinary approach. Multidisciplinarity brings a plus to the discipline in question (the history of art or philosophy in our examples), but we must remember that this "plus" is always in the exclusive service of the home discipline. In other words, the multidisciplinary approach overflows disciplinary boundaries while its goal remains limited to the framework of disciplinary research .

Interdisciplinarity has a different goal from multidisciplinarity. It concerns the transfer of methods from one discipline to another . One can distinguish three degrees of interdisciplinarity: a) a degree of application . For example, when the methods of nuclear physics are transferred to medicine it leads to the appearance of new treatments for cancer; b) an epistemological degree . For example, transferring methods of formal logic to the area of general law generates some interesting analyses of the epistemology of law; c) a degree of the generation of new disciplines . For example, when methods from mathe matics were transferred to physics mathematical physics was generated, and when they were transferred to meterological phenomena or stock market processes they generated chaos theory; transferring methods from particle physics to astrophysics produced quantum cosmology; and from the transfer of computer methods to art computer art was derived. Like pluridisciplinarity, interdisciplinarity overflows the disciplines but its goal still remains within the framework of disciplinary research . It is through the third degree that interdisciplinarity contributes to the disciplinary big bang.

As the prefix "trans" indicates, transdisciplinarity concerns that which is at once between the disciplines, across the different disciplines, and beyond all discipline. Its goal is the understanding of the present world , of which one of the imperatives is the unity of knowledge.

Is there something between and across the disciplines and beyond all disciplines? From the point of view of classical thought there is nothing, strictly nothing: the space in question is empty, completely empty, like the vacuum of classical physics. Even if it renounces the pyramidal vision of knowledge, classical thought considers each fragment of the pyramid which is generated by the disciplinary big bang as an entire pyramid; each discipline claims that it is sufficient unto itself. For classical thought, transdisciplinarity appears absurd because it does not appear to have an object. In contrast, within the framework of transdisciplinarity, classical thought does not appear absurd; rather, it simply appears to have a restricted sphere of applicability.

In the presence of several levels of Reality the space between disciplines and beyond disciplines is full just as the quantum vacuum is full of all potentialities: from the quantum particle to the galaxies, from the quark to the heavy elements which condition the appearance of life in the universe. The discontinuous structure of the levels of Reality determines the discontinuous structure of transdisciplinary space , which in turn explains why transdisciplinary research is radical ly distinct from disciplinary research, even while being entirely complementary. Disciplinary research concerns, at most, one and the same level of Reality ; moreover, in most cases, it only concerns fragments of one level of Reality. On the contrary, transdisciplinarity concerns the dynamics engendered by the action of several levels of Reality at once . The discovery of these dynamics necessarily passes through disciplinary knowledge. While not a new discipline or a new superdiscipline, transdisciplinarity is nourished by disciplinary research; in turn, disciplinary research is clarified by transdisciplinary knowledge in a new, fertile way. In this sense, disciplinary and transdisciplinary research are not antagonistic but complementary.

The three pillars of transdisciplinarity -- levels of Reality, the logic of the included middle, and complexity -- determine the methodology of transdisciplinary research .

There is an interesting parallel between the three pillars of transdisciplinarity and the three postulates of modern science.

In spite of an almost infinite diversity of methods, theories and models which have traversed the history of different scientific disciplines, the three methodological postulates of modern science have remained unchanged from Galileo until our day. Only one science has entirely and integrally satisfied the three postulates: physics. The other scientific disciplines only partially satisfy the three methodological postulates of modern science. However, the absence of rigorous mathematical formalization in psychology, history of religions, and a multitude of other disciplines does not lead to the elimination of these disciplines from the field of science. At least for the moment, not even an exact science like molecular biology, can claim a mathematical formalization as rigorous as that of phys ics. In other words, there are degrees of disciplinarity which can respectively take into account more or less completely the three methodological postulates of modern science.

Likewise, the process of more or less completely taking account of the three methodological pillars of transdisciplinary research generates different degrees of transdisciplinarity . Transdisciplinary research which corresponds to a certain degree of transdisciplinarity will be closer to multidisciplinarity (as in the case of ethics); one which corresponds to another degree will be closer to interdisciplinarity (as in the case of epistemology); and that corresponding to yet another degree will be closer to disciplinarity.

Disciplinarity, multidisciplinarity, interdisciplinarity and transdisciplinarity are like four arrows shot from but a single bow: knowledge .

As in the case of disciplinarity, transdisciplinary research is not antagonistic but complementary to multidisciplinarity and interdisciplinarity research. Transdisciplinarity is nevertheless radically distinct from multidisciplinarity and interdisciplinarity because of its goal, the understanding of the present world, which cannot be accomplished in the framework of disciplinary research. The goal of multidisciplinarity and interdisciplinarity always remains within the framework of disciplinary research. If transdisciplinarity is often confused with interdisciplinarity and multidisciplinarity (and by the same token, we note that interdisciplinarity is often confused with multidisciplinarity) this is explained in large part by the fact that all three overflow disciplinary boundaries. This confusion is very harmful to the extent that it functions to hide the different goals of these three new approaches.

Although we recognize the radically distinct character of transdisciplinarity in relation to disciplinarity, multidisciplinarity, and interdisciplinarity, it would be extremely dangerous to absolutize this distinction, in which case transdisciplinarity would be emptied of all its contents and its efficacy in action reduced to nothing.

The complementary character of disciplinary, multidisciplinary, interdisciplinary, and transdisciplinary approaches is demonstrated in a stunning way, for example, by the accompaniment of the dying . This relatively new approach to the dying is extremely important because in recognizing the role of our death in our life, we discover hitherto unsuspected dimensions of life itself. Accompanying the dying is greatly enriched by transdisciplinary research because deeper understanding of the present world must pass through deeper understanding of the meaning of our life and of our death in this world which is ours.


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UMA NOVA VISÃO DO MUNDO:
A TRANSDISCIPLINARIDADE

Extrato do libro "O Manifesto da Transdisciplinaridade", de Basarab Nicolescu
São Paulo : TRIOM,1999

Tradução de Lucia Pereira de Souza

Uma nova visão do mundo: a transdisciplinaridade

 

0 processo de declínio das civilizações é extremamente complexo e suas raízes estão mergulhadas na mais completa obscuridade. É claro que podemos encontrar várias explicações e racionalizações superficiais sem conseguir dissipar o sentimento de um irracional atuando no próprio cerne deste processo. Os atores  de determinada civilização, das grandes massas aos grandes lideres, mesmo tendo alguma consciência do processo de declínio, parecem impotentes para impedir a queda de sua civilização. Uma coisa é certa: uma grande defasagem entre as mentalidades dos atores necessidades internas de desenvolvimento de um tipo de sociedade, sempre acompanha a queda de uma civilização. Tudo ocorre como se os conhecimentos e os saberes que uma civilização não para de acumular não pudessem ser integrados no interior daqueles que compõem esta civilização. Ora, afinal é o ser humano se encontra ou deveria se encontrar no centro de qualquer civilização digna deste nome.

O crescimento sem precedente dos conhecimentos em nossa época torna legítima a questão da adaptação das mentalidades a estes saberes. O desafio é grande pois a expansão contínua da civilização de tipo ocidental por todo o planeta torna sua queda equivalente a um incêndio planetário sem termo de comparação as duas primeiras guerras mundiais.

Para o pensamento clássico só existem duas soluções para sair de uma situação de declínio: a revolução social ou o retorno a uma suposta "idade de ouro".

A revolução social já foi tentada no decorrer do século que está acabando e seus resultados foram catastróficos. 0 homem novo não passou de um homem vazio e triste. Quaisquer que sejam os retoques cosméticos que o conceito de "revolução social" sofrer no futuro próximo, eles não poderão apagar de nossa memória coletiva aquilo que efetivamente foi experimentado.

O retorno à idade de ouro ainda não foi tentado, pela simples razão de que a idade de ouro não foi encontrada. Mesmo se supormos que esta idade de ouro tenha existido em tempos imemoriais, este retorno deveria necessariamente se fazer acompanhar por uma revolução interior dogmática, imagem espelhada da revolução social. Os diferentes integrismos religiosos que cobrem a superfície da terra com seu manto negro são um mau presságio da violência e do sangue que poderia jorrar desta caricatura de ‘revolução interior’.

No entanto, como sempre, há uma terceira solução. Esta terceira solução é o objeto do presente manifesto.

A harmonia entre as mentalidades e os saberes pressupõe que estes saberes sejam inteligíveis, compreensíveis. Todavia, ainda seria possível existir uma compreensão na era do big-bang disciplinar e da especialização exagerada?

Um Pico de la Mirandola é inconcebível em nossa época. Dois especialistas na mesma disciplina têm, hoje em dia, dificuldade em compreender seus resultados recíprocos. Isto nada tem de monstruoso, na medida em que é a inteligência coletiva da comunidade ligada a esta disciplina que a faz progredir e não um finito cérebro que teria de conhecer todos os resultados de todos seus colegas-cérebros, o que é impossível. Pois, hoje em dia, existem centenas de disciplinas. Como poderia um físico teórico de partículas dialogar seriamente com um neurofisiologista, um matemático com um poeta, um biólogo com um economista, um político com um especialista em informática, exceto sobre generalidades mais ou menos banais? E no entanto, um verdadeiro líder deveria poder dialogar com todos ao mesmo tempo. A linguagem disciplinar é uma barreira aparentemente intransponível para um neófito. E todos somos neófitos uns dos outros. Seria a Torre de Babel inevitável?

No entanto, um Pico de la Mirandola em nossa época é concebível na forma de um supercomputador no qual poderíamos injetar todos os conhecimentos de todas as disciplinas. Este supercomputador poderia tudo saber mas nada compreender. O usuário deste supercomputador não estaria em melhor situação que o próprio supercomputador. Ele teria acesso instantâneo a não importa que resultado de não importa qual disciplina, mas seria incapaz de compreender seus significados e muito menos de fazer ligação entre os resultados das diferentes disciplinas.

Este processo de babelização não pode continuar sem colocar em perigo nossa própria existência, pois faz com que qualquer líder se torne, queira ou não, cada vez mais incompetente. Um dos maiores desafios de nossa época, como por exemplo os desafios de ordem ética, exigem competências cada vez maiores. Mas a soma dos melhores especialistas em suas especialidades não consegue gerar senão uma incompetência generalizada, pois a soma das competências não é a competência: no plano técnico, a intercessão entre os diferentes campos do saber é um conjunto vazio. Ora, o que vem a ser um líder, individual ou coletivo, senão aquele que é capaz de levar em conta todos os dados do problema que examina?

A necessidade indispensável de laços entre as diferentes disciplinas traduziu-se pelo surgimento, na metade do século XX da pluridisciplinaridade e da interdisciplinaridade.

A pluridisciplinaridade diz respeito ao estudo de um objeto de uma mesma e única disciplina por várias disciplinas ao mesmo tempo. Por exemplo, um quadro de Giotto pode ser estudado pela ótica da história da arte, em conjunto com a da física, da química, da história das religiões, da história da Europa e da geometria. Ou ainda, a filosofia marxista pode ser estudada pelas óticas conjugadas da filosofia, da física, da economia, da psicanálise ou da literatura. Com isso, o objeto sairá assim enriquecido pelo cruzamento de várias disciplinas. O conhecimento, do objeto em sua própria disciplina é aprofundado por uma fecunda contribuição pluridisciplinar. A pesquisa pluridisciplinar traz um algo a mais à disciplina em questão (a história da arte ou a filosofia, em nossos exemplos), porém este algo a mais está a serviço apenas desta mesma disciplina. Em outras palavras, a abordagem pluridisciplinar ultrapassa as disciplinas, mas sua finalidade continua inscrita na estrutura da pesquisa disciplinar.

A interdisciplinaridade tem uma ambição diferente daquela da pluridisciplinaridade. Ela diz respeito à transferência de métodos de uma disciplina para outra. Podemos distinguir três graus de interdisciplinaridade: a) um grau de aplicação. Por exemplo, os métodos da física nuclear transferidos para a medicina levam ao aparecimento de novos tratamentos para o câncer; b) um grau epistemológico. Por exemplo, a transferência de métodos da lógica formal para o campo do direito produz análises interessantes na epistemologia do direito; c) um grau de geração de novas disciplinas. Por exemplo, a transferência dos métodos da matemática para o campo da física gerou a física-matemática; os da física de partículas para a astrofísica, a cosmologia quântica; os da matemática para os fenômenos meteorológicos ou para os da bolsa, a teoria do caos; os da informática para a arte, a arte informática. Como a pluridisciplinaridade, a interdisciplinaridade ultrapassa as disciplinas, mas sua finalidade também permanece inscrita na pesquisa disciplinar. Pelo seu terceiro grau, a interdisciplinaridade chega a contribuir para o big-bang disciplinar.

A transdisciplinaridade, como o prefixo ‘trans’ indica, diz respeito àquilo que esta ao mesmo tempo entre as disciplinas, através das diferentes disciplinas e além, de qualquer disciplina. Seu objetivo é a compreensão do mundo presente, para o qual um dos imperativos é a unidade do conhecimento.

Haveria alguma coisa entre e através das disciplinas e além delas? Do ponto de vista do pensamento clássico, não há nada, absolutamente nada. O espaço em questão é vazio, completamente vazio, como o vazio da física clássica. Mesmo renunciando à visão piramidal do conhecimento, o pensamento clássico considera que cada fragmento da pirâmide, gerado pelo big-bang disciplinar, é uma pirâmide inteira; cada disciplina proclama que o campo de sua pertinência é inesgotável. Para o pensamento clássico, a transclisciplinaridade é um absurdo porque não tem objeto. Para a transdisciplinaridade, por sua vez, o pensamento clássico não é absurdo, mas seu campo de aplicação é considerado como restrito.

Diante de vários níveis de Realidade, o espaço entre as disciplinas e além delas está cheio, como o vazio quântico está cheio de todas as potencialidades: da partícula quântica às galáxias, do quark aos elementos pesados que condicionam o aparecimento da vida no Universo.

A estrutura descontínua dos níveis de Realidade determina a estrutura descontínua do espaço transdisciplinar, que, por sua vez, explica porque a pesquisa transdisciplinar é radicalmente distinta da pesquisa disciplinar, mesmo sendo complementar a esta. A pesquisa disciplinar diz respeito, no máximo, a um único e mesmo nível de Realidade, aliás, na maioria dos casos, ela só diz respeito a fragmentos de um único e mesmo nível de Realidade. Por outro lado, a transdisciplinaridade se interessa pela dinâmica gerada pela ação de vários níveis de Realidade ao mesmo tempo. A descoberta desta dinâmica passa necessariamente pelo conhecimento disciplinar. Embora a transclisciplinaridade não seja uma nova disciplina, nem uma nova hiperdisciplina, alimenta-se da pesquisa disciplinar que, por sua vez, é iluminada de maneira nova e fecunda pelo conhecimento transdisciplinar. Neste sentido, as pesquisas disciplinares e transdisciplinares não são antagonistas mas complementares.

Os três pilares da transdisciplinaridade - os níveis de Realidade, a lógica do terceiro incluído e a complexidade - determinam a metodologia da pesquisa transdisciplinar.

Há um paralelo surpreendente entre os três pilares da transdisciplinaridade e os três postulados da ciência moderna.

Os três postulados metodológicos da ciência moderna permaneceram imutáveis de Galileu até os nossos dias, apesar da infinita diversidade dos métodos, teorias e modelos que atravessaram a história das diferentes disciplinas científicas. No entanto, uma única ciência satisfaz inteira e integralmente os três postulados: a física. As outras disciplinas científicas só satisfazem parcialmente os três postulados metodológicos da ciência moderna.Todavia, a ausência de uma formalização matemática rigorosa da psicologia, da historia das religiões e de um número enorme de outras disciplinas não leva à eliminação dessas disciplinas do campo da ciência. Mesmo as ciências de ponta, como a biologia molecular, não podem pretender, ao menos por enquanto, uma formalização matemática tão rigorosa como a da física. Em outras palavras, há graus de disciplinaridade proporcionais à maior ou menor satisfação dos três postulados metodológicos da ciência moderna.

Da mesma forma, a maior ou menor satisfação dos três pilares metodológicos da pesquisa transdisciplinar gera diferentes graus de transdisciplinaridade. A pesquisa transdisciplinar correspondente a um certo grau de transdisciplinaridade se aproximará mais da multidisciplinaridade (como no caso da ética); num outro grau, se aproximará mais da interdisciplinaridade (como no caso da epistemologia); e ainda num outro grau, se aproximará mais da disciplinaridade.

A disciplinaridade, a pluridisciplinaridade, a interdisciplinaridade e a transdisciplinaridade são as quatro flechas de um único e mesmo arco: o do conhecimento.

Como no caso da disciplinaridade, a pesquisa transdisciplinar não é antagonista mas complementar à pesquisa pluri e interdisciplinar. A transdisciplinaridade é, no entanto, radicalmente distinta da pluri e da interdisciplinaridade, por sua finalidade: a compreensão do mundo presente, impossível de ser inscrita na pesquisa disciplinar. A finalidade da pluri e da interdisciplinaridade sempre é a pesquisa disciplinar. Se a transdisciplinaridade é tão frequentemente confundida com a inter e a pluridisciplinaridade (como, aliás, a interdisciplinaridade é tão frequentemente confundida com a pluridisciplinaridade), isto se explica em grande parte pelo fato de que todas as três ultrapassam as disciplinas. Esta confusão é muito prejudicial, na medida em que esconde as diferentes finalidades destas três novas abordagens.

Embora reconhecendo o caráter radicalmente distinto da transdisciplinaridade em relação à disciplinaridade, à pluridisciplinaridade e à interdisciplinaridade, seria extremamente perigoso absolutizar esta distinção, pois neste caso a transdisciplinaridade seria esvaziada de todo seu conteúdo e sua eficácia na ação reduzida a nada.

O caráter complementar das abordagens disciplinar, pluridisciplinar, interdisciplinar e transdisciplinar é evidenciado de maneira fulgurante, por exemplo, no acompanhamento dos agonizantes. Esta atitude relativamente nova de nossa civilização é extremamente importante, pois, reconhecendo o papel de nossa morte em nossa vida, descobrimos dimensões insuspeitas da própria vida. O acompanhamento dos agonizantes não pode dispensar uma pesquisa transdisciplinar, na medida em que a compreensão do mundo presente passa pela compreensão do sentido de nossa vida e do sentido de nossa morte neste mundo que é o nosso.


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LA TRANSDISCIPLINARIEDAD
UNA NUEVA VISIÓN DEL MUNDO

Extracto del libro LA TRANSDISCIPLINARIEDAD-Manifiesto de Basarab Nicolescu
 

Traducción del Francés Consuelle Falla Garmilla

 
El proceso de decadencia de las civilizaciones es de una gran complejidad y tiene sus raíces en la más completa obscuridad. Por supuesto, se pueden encontrar a posteriori, múltiples explicaciones y racionalizaciones sin llegar a disipar el sentimiento de una irracionalidad que se oculta en el corazón mismo de ese proceso. Los actores de una civilización bien determinada, desde las grandes masas a los grandes dirigentes, se ven impotentes para detener la caída de su civilización independientemente del nivel de conciencia que tengan del proceso de decadencia. Una cosa es cierta: una gran diferencia entre las mentalidades de los actores y las necesidades internas de desarrollo de un tipo de sociedad acompaña siempre la caída de una civilización. Todo pasa como si los conocimientos y los saberes que una civilización no cesa de acumular no pueden integrarse en el ser interior de aquellos que componen dicha civilización. Ello a pesar de que el ser humano debería encontrarse en el centro de toda civilización digna de ese nombre.
El crecimiento sin precedente de los saberes en nuestra época vuelve legítima la cuestión de la adaptación de las mentalidades a esos saberes. El juego es de grandes proporciones porque dada la extensión continua de la civilización de tipo occidental a escala planetaria su caída sería equivalente a un incendio interplanetario sin medida común con las dos guerras mundiales.
Para el pensamiento clásico no hay más que dos soluciones posibles para salir de una situación de decadencia: la revolución social o el retorno a la supuesta Çedad de oro".
La revolución social ha sido experimentada en el curso del siglo que termina y sus resultados han sido catastróficos. El hombre nuevo no era más que un hombre vacío y triste. Cualquiera que sean los arreglos cosméticos que no tardará en sufrir en el futuro la "revolución social", no podrán borrar de nuestra memoria colectiva lo que ha sido efectivamente experimentado.
El regreso a la edad de oro no se ha ensayado todavía por la simple razón que la edad de oro no ha sido encontrada. Aún si se llega a suponer que dicha edad de oro existió en tiempos inmemoriables, ese retorno debería acompañarse de una revolución interior dogmática , imagen retrospectiva de la revolución social. Los diferentes integrismos religiosos que cubren la superficie de la tierra con su manto negro son un presagio funesto de la violencia y la sangre que podría brotar de esa caricatura de "revolución interior".
Pero, como siempre, hay una tercera solución. Esa tercera solución es el tema del presente manifiesto.
La armonía entre las mentalidades y los saberes presupone que esos saberes sean inteligibles, comprensibles. ¿Pero puede aún existir una comprensión en la era del gran "bang" disciplinar y de la especialización exagerada?.
Un Pic de la Mirandole en nuestra época es inconcebible. Dos especialistas de la misma disciplina tienen dificultad en entender, hoy día, sus propios resultados recíprocos. Eso no tiene nada de monstruoso en la medida en la que es la inteligencia colectiva de la comunidad apegada a esa disciplina la que hace progresar y no solo es un cerebro el que debe por fuerza conocer todos los resultados de todos esos cerebros-colegas, situación ésta por demás imposible. Por otra parte debido a que hoy en día hay centenares de disciplinas uno se pregunta. ¿cómo podría un teorizante en física de las partículas dialogar verdaderamente con un neurofisiólogo; un matemático con un poeta, un biólogo con un economista, un político con un especialista en informática, más allá de las generalidades más o menos banales? Y sin embargo un verdadero dirigente debe poder dialogar con todos a la vez. El lenguaje disciplinario es una barrera aparentemente infranqueable para un neófito. Y todos somos neófitos de los otros. ¿La Torre de Babel será inevitable?
No obstante, un Pic de Mirandole en nuestra época es concebible como una supercomputadora a la cual se podría alimentar todos los conocimientos de todas las disciplinas. Esa supercomputadora podría saber todo pero no entender nada. El que utilizara dicha supercomputadora no estaría en mejor situación que la supercomputadora misma. Tendría acceso instantáneo a no importa cual resultado de no importa cual disciplina pero no sería capaz de entender sus significados y aún menos formar lazos de unión entre los resultados de las diferentes disciplinas.
Ese proceso de babelización no puede continuar sin poner en peligro nuestra propia existencia porque significa que un dirigente se vuelve aún sin querer, más y más incompetente. Los desafíos mayores de nuestra época, como por ejemplo los desafíos éticos, requieren capacidades más y más amplias. Pero la suma de los mejores especialistas en sus dominios no puede engendrar, evidentemente, más que incompetencia generalizada, porque el total de las capacidades no es la capacidad: en plan técnico, la intersección entre los diferentes campos del saber es un conjunto vacío. Ahora bien, ¿qué es un dirigente individual o colectivo sino aquel que es capaz de tener en cuenta todos los elementos del problema que examina?
La necesidad indispensable de entrelazar las diferentes disciplinas se manifiesta en el surgimiento, hacia la mitad del siglo veinte, de la pluridisciplinariedad y de la interdisciplinariedad.
La pluridisciplinariedad consiste en el estudio del objeto de una sola y misma disciplina por medio de varias disciplinas a la vez. Por ejemplo, un cuadro de Giotto puede estudiarse por la historia del arte alternando con la física, la química, la historia de las religiones, la historia de Europa y la geometría. O bien, la filosofía marxista puede estudiarse por la filosofía alternando con la física, la economía, el psicoanálisis o la literatura. El objeto saldrá así enriquecido por la convergencia de varias disciplinas. El conocimiento del objeto dentro de su propia disciplina se profundiza con la aportación pluridisciplinaria fecunda. La investigación pluridisciplinaria en consecuencia aporta un "más" a la disciplina en cuestión/la historia del arte o la filosofía en nuestros ejemplos/, pero ese "más" está al servicio exclusivo de esa misma disciplina. Dicho de otro modo, la gestión pluridisciplinaria sobrepasa las disciplinas pero su finalidad queda inscrita en el marco de la investigación disciplinaria.
La interdisciplinariedad tiene una mirada diferente. Concierne a la transferencia de métodos de una disciplina a otra. Se pueden distinguir tres grados de interdisciplinariedad: a) un grado de aplicación . Por ejemplo, los métodos de la física nuclear transferidos a la medicina conducen a la aparición de nuevos tratamientos del cáncer; b) un grado epistemológico . Por ejemplo, la transferencia de los métodos de la lógica formal en el campo del derecho genera análisis interesantes en la epistemología del derecho; c) un grado de concepción de nuevas disciplinas. Por ejemplo, la transferencia de los métodos de la matemática en el campo de la física ha engendrado la físico-matemática, de la física de las partículas a la astrofísica -la cosmología cuántica, de la matemática a los fenómenos meteorológicos o los de la bolsa -la teoría del caos, de la informática en el arte- el arte informático. Como la pluridisciplinariedad, la interdisciplinariedad sobrepasa las disciplinas pero su finalidad queda inscrita en la investigación disciplinaria . Por su tercer grado, la interdisciplinariedad contribuye al gran "bang" disciplinario.
La transdisciplinariedad por su parte concierne, como lo indica el prefijo "trans", a lo que simultáneamente es entre las disciplinas a través de las diferentes disciplinas y más allá de toda disciplina. Su finalidad es la comprensión del mundo presente, uno de cuyos imperativos es la unidad del conocimiento.
¿Hay algo entre y a través de las disciplinas y más allá de toda disciplina? Desde el punto de vista del pensamiento clásico no hay nada, estrictamente nada. El espacio en cuestión está vacío, como el vacío de la física clásica. Aún cuando renuncia a la visión piramidal del conocimiento, el pensamiento clásico considera que cada fragmento de la pirámide por el gran "bang" disciplinario es una pirámide entera; cada disciplina pretende que el campo que le pertenece es inagotable. Para el pensamiento clásico la transdisciplinariedad es un absurdo porque no tiene objeto. En cambio para la transdisciplinariedad el pensamiento clásico no es absurdo pero su campo de aplicación es considerado restringido.
En presencia de varios niveles de Realidad, el espacio entre las disciplinas y más allá de las disciplinas está lleno, como el vacío cuántico está lleno de todas las potencialidades: desde la partícula cuántica a las galaxias, del quarzo a los elementos pesados que preparan la aparición de la vida en el Universo.
La estructura discontinua de los niveles de Realidad determina la estructura discontinua del espacio transdisciplinario que, a su vez, explica por qué la investigación transdisciplinaria es radicalmente distinta a la investigación disciplinaria, siéndole sin embargo complementaria. La investigación disciplinaria concierne más o menos a un solo y mismo nivel de Realidad , por otra parte, en la mayoría de los casos no concierne más que a los fragmentos de un solo y mismo nivel de Realidad. En cambio la transdisciplinariedad se interesa en la dinámica que se engendra por la acción simultánea de varios niveles de Realidad. El descubrimiento de dicha dinámica pasa necesariamente por el conocimiento disciplinario. La transdisciplinariedad, aunque no siendo una nueva disciplina o una nueva hiperdisciplina se nutre de la investigación disciplinaria la cual a su vez se aclara de una manera nueva y fecunda por medio del conocimiento transdisciplinario. En ese sentido las investigaciones disciplinarias y transdisciplinarias no son antagónicas, son complementarias.
Los tres pilares de la transdiciplinariedad -los niveles de Realidad, la lógica del tercero incluido y la complejidad- determinan la metodología de la investigación transdisciplinaria.
Existe un paralelo sorprendente entre los tres pilares de la transdisciplinariedad y los tres postulados de la ciencia moderna.
Los tres postulados metodológicos de la ciencia moderna han permanecido sin cambios desde galileo hasta nuestros días, a pesar de la infinidad de métodos, teorías y modelos por los que han atravesado la historia de las diferentes disciplinas científicas. Pero solo una ciencia satisface enteramente los tres postulados: la física. Las otras disciplinas científicas satisfacen solo parcialmente los tres postulados metodológicos de la ciencia moderna. Sin embargo la ausencia de una formalización matemática rigurosa de la psicología, de la historia de las religiones y de una multitud de otras disciplinas no llevan a la eliminación de dichas disciplinas del campo de la ciencia. Aún las ciencias de punta como la biología molecular, no pueden pretender por el momento, al menos, una formalización matemática tan rigurosa como la física. Dicho de otra manera hay grados de disciplinariedad en función de que se tome en cuenta, más o menos de manera completa, los tres postulados metodológicos de la ciencia moderna.
Igualmente, el tomar en cuenta de manera más o menos completa los tres pilares metodológicos de la investigación engendra diferentes grados de transdisciplinariedad . La investigación transdisciplinaria correspondiente a un cierto grado de transdisciplinariedad se aproxima más bien a la multidisciplinariedad (como es el caso de la ética); a la de otro grado -el de la interdisciplinariedad (como en el caso de la epistemología)-; y aún a otro grado el de la disciplinariedad.
La disciplinariedad, la pluridisciplinariedad, la interdisciplinariedad y la transdisciplinariedad son las cuatro flechas de un solo y mismo arco: el del conocimiento .
Como en el caso de la disciplinariedad, la investigación transdisciplinaria no es antagonista sino complementaria a la investigación pluri e interdisciplinaria. La transdisciplinariedad es sin embargo radicalmente distinta a la pluridisciplinariedad y a la interdisciplinariedad, por su finalidad, la comprensión del mundo presente, que es imposible inscribir en la investigación disciplinaria. La finalidad de la pluri y de la interdisciplinariedad es siempre la investigación disciplinaria. Si la transdisciplinariedad es con frecuencia confundida con la interdisciplinariedad y la pluridisciplinariedad (como por otra parte, la interdisciplinariedad es frecuentemente confundida con la pluridisciplinariedad) esos se explica en parte por el hecho de que las tres desbordan las disciplinas. Esta confusión oculta las diferentes finalidades de estas tres nuevas aproximaciones.
Absolutizar el carácter radicalmente distinto de la transdisciplinaridad en relación a la disciplinariedad, la pluridisciplinariedad y la interdisciplinariedad, es extremadamente peligroso ya que la transdisciplinariedad sería vaciada de todo su contenido y su eficacia en la acción reducida a la nada.
El carácter complementario de las diversas aproximaciones, la disciplinaria, la pluridisciplinaria, interdisciplinaria y transdisciplinaria se pone en evidencia de una manera clara, por ejemplo, en el acompañamiento de los moribundos . Este paso relativamente nuevo de nuestra civilización es de suma importancia, porque, al reconocer el papel de nuestra muerte en nuestra vida, descubrimos dimensiones insospechadas de la vida misma. El acompañamiento de los moribundos no puede ahorrarse una investigación transdisciplinaria en la medida en que la comprensión del mundo presente pasa por la comprensión del sentido de nuestra vida y del sentido de nuestra muerte en este mundo que es el nuestro.
 

Traducción del Francés
Consuelo Falla Garmilla
Escuela Nacional de Trabajo Social
Universidad Nacional Autonoma de México


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O NOUÃ VIZIUNE ASUPRA LUMII
TRANSDISCIPLINARITATEA

Extras din cartea TRANSDISCIPLINARITATE - Manifest, de Basarab Nicolescu
Editura Polirom, Iasi, România,

traducere de Horia Vasilescu, editie ingrijita de Magda Cãrneci

 

Declinul civilizatiilor este un proces de o mare complexitate si care isi are rãdãcinile în negurile cele mai profunde. Bineînteles, post-factum se pot gãsi multiple interpretãri si rationalizãri, fãrã însã a reusi sã se risipeascã sentimentul existentei unui irational care se manifestã în chiar centrul acestui proces. Actorii unei civilizatii precis determinate - de la marile mase la marii factori decizionali -, chiar dacã sunt mai mult sau mai putin constienti de acest declin, par neputinciosi în a-i opri decãderea. Un lucru este cert : un mare decalaj între mentalitãtile actorilor si necesitãtile interne de dezvoltare a unui anume tip de societate însoteste întotdeauna decãderea unei civilizatii. Totul se petrece ca si cum cunostintele si învãtãturile pe care o civilizatie nu înceteazã sã le acumuleze nu ar putea fi integrate în fiinta interioarã a celor ce compun acea civilizatie. Ori, în definitiv, fiinta umanã este cea care se aflã sau ar trebui sã se afle în centrul oricãrei civilizatii demne de acest nume.

Prin cresterea fãrã precedent a cunostintelor în epoca noastrã, capãtã legitimitate problema adaptãrii mentalitãtilor la aceste cunostinte. Miza este considerabilã cãci extinderea continuã a civilizatiei de tip occidental la scarã planetarã ar face ca prãbusirea sa sã echivaleze cu un incendiu planetar de neegalat cu primele douã rãzboaie mondiale.

Pentru gîndirea clasicã nu existã decît douã solutii de iesire dintr-o situatie de declin: revolutia socialã ori întoarcerea la o presupusã "vîrstã de aur".

Revolutia socialã a fost deja experimentatã în decursul secolului ce tocmai se sfîrseste iar rezultatele au fost catastrofale. Omul nou nu era decît o fiintã gãunoasã si tristã. Indiferent de cosmetizãrile conceptului de "revolutie socialã", ce nu vor întîrzia sã aparã în viitor, acestea nu vor putea sterge din memoria noastrã colectivã ceea ce s-a experimentat efectiv.
 
Intoarcerea la o vîrstã de aur nu a fost încã încercatã, pentru simplul motiv cã vîrsta de aur nu a fost regãsitã. Chiar dacã se presupune cã aceastã vîrstã de aur ar fi existat în vremuri imemoriale, întoarcerea ar trebui în mod necesar sã fie însotitã de o revolutie dogmaticã interioarã, imaginea în oglindã a revolutiei sociale. Diferitele fundamentalisme religioase care-si întind mantalele negre peste întregul glob terestru reprezintã un rãu semn prevestitor al violentei si sîngelui ce ar putea tîsni din aceastã caricaturã de "revolutie interioarã".

Dar, ca întotdeauna, existã o a treia solutie. Aceastã a treia solutie face obiectul prezentului manifest.

Armonia dintre mentalitãti si cunostinte presupune ca aceste cunostinte sã fie inteligibile, pe înteles. Dar mai poate exista comprehensibilitate în era big-bang -ului disciplinar si a specializãrilor excesive?

Un Pico de la Mirandola este de neconceput în epoca noastrã. Chiar si unui specialist îi vine astãzi greu sã înteleagã rezultatele obtinute de alt specialist din aceeasi disciplinã. Lucrul acesta nu este monstruos în mãsura în care progresul respectivei discipline se datoreazã inteligentei colective a comunitãtii atasate acesteia si nu doar unui singur creier care, fatalmente, ar trebui sã cunoascã toate rezultatele obtinute de toti colegii-creiere, ceea ce este imposibil. Cãci astãzi existã sute de discipline. Cum ar putea oare dialoga cu adevãrat, astãzi, un fizician teoretician al particulelor cu un neurofiziolog, un matematician cu un poet, un biolog cu un economist, un politician cu un informatician, dincolo de niste generalitãti mai mult sau mai putin banale ? Si totusi, un adevãrat factor de decizie ar trebui sã poatã dialoga cu toti deodatã. Limbajul disciplinar este un obstacol aparent de netrecut pentru un neofit. Iar noi, toti, suntem neofitii altora. Turnul lui Babel este oare inevitabil?

Cu toate acestea, un Pico de la Mirandola al vremurilor noastre poate fi conceput sub forma unui supercalculator în care s-ar putea injecta toate cunostintele din toate disciplinele. Acest supercalculator ar putea sti totul si nu ar pricepe nimic. Nici utilizatorul acestui supercalculator nu s-ar afla într-o situatie mai bunã. El ar avea acces instantaneu la orice rezultat din oricare disciplinã, dar ar fi incapabil sã-i priceapã semnificatiile si cu atît mai putin sã facã legãturile între rezultatele diferitelor discipline.

Acest proces de babelizare nu poate continua fãrã a ne primejdui propria existentã, cãci astfel un factor de decizie ar deveni, fãrã voie, din ce în ce mai incompetent. Sfidãrile majore ale epocii noastre, cum ar fi de exemplu cele de ordin etic, reclamã din ce în ce mai multe competente. Numai cã suma celor mai buni specialisti în domeniile lor respective nu poate, evident, sã dea nastere decît unei incompetente generalizate, fiindcã suma competentelor nu este competenta : în plan tehnic, intersectarea diferitelor domenii ale cunoasterii este o multime vidã. Ori, ce înseamnã factor de decizie, fie el individual ori colectiv, dacã nu acel factor capabil sã ia în consideratie toate datele problemei examinate?

Nevoia stringentã de punti între diferitele discipline s-a concretizat prin aparitia, cãtre mijlocul secolului al XX-lea, a pluridisciplinaritãtii si a interdisciplinaritãtii.

Pluridisciplinaritatea se referã la studierea unui obiect dintr-una si aceeasi disciplinã prin intermediul mai multor discipline deodatã. De exemplu, un tablou de Giotto poate fi studiat din perspectiva istoriei artei intersectatã de aceea a fizicii, chimiei, istoriei religiilor, istoriei Europei si geometriei. Sau, filosofia marxistã poate fi studiatã din orizontul filosofiei încrucisat cu acela al fizicii, economiei, psihanalizei ori literaturii. Obiectul va iesi astfel mai îmbogãtit în urma încrucisãrii mai multor discipline. Cunoasterea obiectului obtinutã în cadrul propriei discipline de studiu este adîncitã de un aport pluridisciplinar fecund. Cercetarea pluridisciplinarã aduce un plus disciplinei în cauzã (istoria artei sau filosofia în exemplele de mai sus), dar acest "plus" se aflã în slujba exclusivã a disciplinei respective. Cu alte cuvinte, demersul pluridisciplinar se revarsã peste limitele disciplinelor dar finalitatea sa rãmîne înscrisã în cadrul cercetãrii disciplinare.

Interdisciplinaritatea are o altã ambitie, diferitã de aceea a pluridisciplinaritãtii. Ea se referã la transferul metodelor dintr-o disciplinã într-alta. Se pot distinge trei grade de interdisciplinaritate: a) un grad aplicativ. De pildã, metodele fizicii nucleare transferate în medicinã duc la aparitia unor noi tratamente contra cancerului; b) un grad epistemologic. De exemplu, transferul metodelor logicii formale în domeniul dreptului genereazã analize interesante în epistemologia dreptului; c) un grad generator de noi discipline. De exemplu, transferul metodelor matematicii în domeniul fizicii a generat fizica matematicã, al metodelor din fizica particulelor în astrofizicã a dat nastere cosmologiei cuantice, al matematicii în studierea fenomenelor meterologice sau de bursã a generat teoria haosului, al informaticii în artã a dus la arta informaticã. Ca si pluridisciplinaritatea, interdisciplinaritatea debordeazã limitele disciplinei însã finalitatea sa rãmîne de asemenea înscrisã în cercetarea interdisciplinarã. Prin al treilea grad al sãu, interdisciplinaritatea contribuie chiar la big-bang -ul disciplinar.

Transdisciplinaritatea priveste - asa cum indicã prefixul "trans" - ceea ce se aflã în acelasi timp si între discipline, si înãuntrul diverselor discipline, si dincolo de orice disciplinã. Finalitatea ei este întelegerea lumii prezente, unul din imperativele sale fiind unitatea cunoasterii.

Dar existã oare ceva între, în si dincolo de discipline? Din punctul de vedere al gîndirii clasice, nu existã nimic, cu strictete nimic. Spatiul în cauzã este vid, complet vid, ca vidul fizicii clasice. Chiar renuntînd la viziunea piramidalã a cunoasterii, gîndirea clasicã considerã cã fiecare fragment al piramidei, generat de big-bang -ul disciplinar, este o piramidã întreagã; fiecare disciplinã afirmã cã domeniul pertinentei sale este inepuizabil. Pentru gîndirea clasicã, transdisciplinaritatea este o absurditate cãci nu are obiect. In schimb, pentru transdisciplinaritate, gîndirea clasicã nu este absurdã dar cîmpul sãu de aplicatii este considerat restrîns.

In prezenta mai multor niveluri de Realitate, spatiul dintre discipline si de dincolo de discipline este plin, asa cum vidul cuantic este plin de toate potentialitãtile : de la particula cuanticã la galaxii, de la cuarc la elementele grele ce conditioneazã aparitia vietii în Univers.

Structura discontinuã a nivelurilor de Realitate determinã structura discontinuã a spatiului transdisciplinar care, la rîndul sãu, explicã de ce cercetarea transdisciplinarã este radical distinctã de cercetarea disciplinarã, fiindu-i totodatã complementarã. Cercetarea disciplinarã se referã cel mult la unul si acelasi nivel de Realitate; de alfel, cel mai ades, ea se referã doar la fragmente ale unuia si aceluiasi nivel de Realitate. ën schimb, transdisciplinaritatea se preocupã de dinamica provocatã de actiunea simultanã a mai multor niveluri de Realitate. Descoperirea acestei dinamici trece în mod necesar prin cunoasterea disciplinarã. Transdisciplinaritatea, fãrã a fi o nouã disciplinã ori o nouã superdisciplinã, se nutreste din cercetarea disciplinarã care, la rîndul sãu, este limpezitã într-o manierã nouã si fertilã de cunoasterea transdisciplinarã. ën acest sens, cercetãrile disciplinare si transdisciplinare nu sunt antagoniste ci complementare.

Cei trei stîlpi ai transdisciplinaritãtii - nivelurile de Realitate, logica tertului inclus si complexitatea - determinã metodologia cercetãrii transdisciplinare.

Existã un paralelism izbitor între cei trei stîlpi ai transdisciplinaritãtii si cele trei postulate ale stiintei moderne.

Cele trei postulate metodologice ale stiintei moderne au rãmas neschimbate de la Galilei pînã astãzi, în ciuda infinitei diversitãti a metodelor, teoriilor sau modelelor ce au strãbãtut istoria diferitelor discipline stiintifice. O singurã stiintã satisface însã deplin si integral cele trei postulate: fizica. Celelalte discipline stiintifice nu le satisfac decît partial. Cu toate acestea, absenta unei formalizãri matematice riguroase a psihologiei, istoriei religiilor ca si a multor altor discipline nu duce la eliminarea acestor discipline din cîmpul stiintei. Pînã si stiinte de vîrf, cum este biologia molecularã, nu pot pretinde, cel putin pînã în acest moment, cã ar poseda o formalizare matematicã la fel de riguroasã ca aceea a fizicii. Altfel spus, existã grade de disciplinaritate în functie de modul în care sunt luate în seamã, mai mult sau mai putin complet, cele trei postulate metodologice ale stiintei moderne.

La fel, luarea în considerare, într-un mod mai mult sau mai putin complet, a celor trei stîlpi ai cercetãrii transdisciplinare determinã diferite grade de trandisciplinaritate. Cercetarea transdisciplinarã corespunzînd unui anume grad de transdisciplinaritate, se va apropia mai degrabã de multidisciplinaritate (ca în cazul eticii); cea corespunzînd altui grad se va apropia de interdisciplinaritate (ca în cazul epistemologiei); iar cea corespunzînd altui grad - de disciplinaritate.

Disciplinaritatea, pluridisciplinaritatea, interdisciplinaritatea si transdisciplinaritatea sunt cele patru sãgeti ale unuia si aceluiasi arc: cel al cunoasterii.

Ca si în cazul disciplinaritãtii, cercetarea transdisciplinarã nu este antagonistã ci complementarã cercetãrii pluri si interdisciplinare. Transdisciplinaritatea este cu toate acestea radical deosebitã de pluri si interdisciplinaritate prin finalitatea sa - întelegerea lumii prezente -, finalitate ce nu se poate înscrie în cercetarea disciplinarã. Finalitatea pluri si interdisciplinaritãtii este întotdeauna cercetarea disciplinarã. Dacã transdisciplinaritatea este atît de frecvent confundatã cu interdisciplinaritatea si pluridisciplinaritatea (cum de altfel si interdisciplinaritatea este deseori confundatã cu pluridisciplinaritatea), aceasta se explicã în cea mai mare parte prin faptul cã toate trei debordeazã limitele disciplinelor. Aceastã confuzie este foarte nocivã în mãsura în care ea oculteazã finalitãtile diferite ale acestor trei noi abordãri.

Chiar recunoscînd caracterul radical distinct al transdisciplinaritãtii în raport cu disciplinaritatea, pluridisciplinaritatea si interdisciplinaritatea, ar fi totusi extrem de periculos sã se absolutizeze aceastã distinctie deoarece într-un asemenea caz transdisciplinaritatea ar rãmîne golitã de întregul sãu continut iar eficacitatea actiunii sale ar fi redusã la zero.

Caracterul complementar al modurilor de cunoastere disciplinare, pluridisciplinare, interdisciplinare si transdisciplinare este pus în evidentã cu fortã în cazul acompanierii muribunzilor. Aceastã abordare relativ recentã în civilizatia noastrã este de o extremã însemnãtate deoarece recunoscînd rolul pe care îl joacã moartea noastrã în propria noastrã viatã, descoperim dimensiuni nebãnuite ale vietii însesi. Acompanierea muribunzilor nu se poate lipsi de o gîndire transdisciplinarã în mãsura în care întelegerea lumii prezente este conditionatã de întelegerea sensului vietii noastre si al mortii noastre în aceastã lume a noastrã.


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