MOURIR

 

 

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« Commencer » implique « finir ». C’est la loi de la nature. Le problème, s’il y a un, n’est pas dans la fin. Il est plutôt dans le commencement, dans la naissance, dans la vie, et non pas dans la mort. Surtout que la mort est commune et qu’elle est, de ce fait, banale.

 

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La vision monothéiste de l’homme et du monde a transformé la mort en problème, une fois qu’elle l’a idéologisée. On peut dire que c’est cette vision qui a « créé » la mort en la considérant comme un pont vers une vie méta-naturelle. Ainsi, elle l’a exilée de la sphère de la nature à celle de la culture. Elle est devenue une partie intégrante d’une culture fondée sur la foi en Dieu unique et transcendantal. Cette culture précise que l’homme qui meurt ira à l’un de deux lieux dans un ciel imaginaire : le Paradis ou l’Enfer.

 

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La vision monothéiste a condamné la vie réelle en promettant une autre vie, soi-disant plus heureuse et éternelle. Elle a déformé l’idée de la vie sur la terre en déformant l’idée de la nature, de la mort et de l’homme lui-même. L’être humain a perdu ainsi son essence et il a perdu la vie.

 

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Tuer, selon la vision monothéiste, c’est tuer au nom de Dieu. L’homme est possédé, enchaîné, par cette vision. Il est assujetti à elle au nom d’une liberté à venir avec la mort. Il est devenu « moyen » au lieu d’être la suprême et l’ultime fin.

 

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Pour accéder au paradis, l’homme se trouve mené à tuer pour Dieu. Si tu aimes Dieu, tu dois tuer son « ennemis », le non-croyant. Dieu est devenu un seigneur absolu guidant son « armée » contre ses « ennemis ». Ainsi le crime se sacralise et se divinise.

 

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La culture, dans cette optique, est essentiellement une culture de mort, et non pas de vie. Comme si elle prêchait que l’homme est créé pour tuer l’homme. Ce qui se déroule en Palestine, à Bagdad et dans le monde de l’Islam, illustre le massacre divinisé et perpétuel, et ce n’est qu’une variation d’une histoire longue, tragique et inhumaine.

 

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Pour redevenir l’homme libre, à l’instar de la nature, il faut se libérer radicalement de la vision monothéiste. Pour penser tout court, il faut s’en libérer.

A partir de cette libération, on pourrait comprendre pourquoi l’homme monothéiste ne cesse de tuer la vie, ne cesse de se tuer et tuer l’autre, alors que tout doit être pour l’homme, pour sa vie, et pour son bonheur.

Non, ce n’est pas Dieu qui est mort, dans notre modernité. Celui qui est mort est l’homme lui-même.

Homme, lève-toi !

 

 

ADONIS

Bulletin Interactif du Centre International de Recherches et Études Transdisciplinaires n° 19 - Juillet 2007

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