BULLETIN N° 3-4

Mars 1995


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RÉSEAU


ASSOCIATION POUR LA PENSÉE COMPLEXE

(7, rue Saint Claude, 75003 Paris, Tél. 01 42 78 90 99, Fax 01 4 04 86 35)


Le mode de pensée qui nous a été inculqué obéit essentiellement à des principes de disjonction, de réduction et d'abstraction. Il isole les objets de connaissance les uns des autres, et il rend donc difficile l'appréhension des solidarités, interactions et implications mutuelles qui lient ces objets. Il privilégie la connaissance des unités de base ou des parties constituant les systèmes, sans nous inciter à opérer une navette cognitive des parties au tout et du tout aux parties. Nous disjoignons et ventilons en différentes disciplines les fragments des ensembles organisés dont notre mode de pensée a brisé l'unité. L'hyper-spécialisation qui morcelle le tissu complexe des phénomènes donne finalement à voir comme seul réel sa fragmentation arbitraire. Par ailleurs, l'abstraction incontrôlée tend à considérer les formules et les équations comme seules réalités. On en arrive à une intelligence aveugle qui isole les objets les uns des autres, les soustrait à leur environnement, désintègre les ensembles, systèmes et totalités. Nous devenons ainsi de plus en plus aveugles aux phénomènes concrets, aux réalités globales et aux problèmes fondamentaux.

Aussi, ce mode mutilant d'organiser notre pensée nous aveugle plus profondément que l'erreur d'observation ou l'incohérence logique.

Quand elle s'applique aux êtres humains, la pensée mutilante et unidimensionnelle se paie en souffrances, hélas invisibles à ceux qui les provoquent. L'incapacité de concevoir la complexité humaine dans ses multiples dimensions (biologique, psychologique, sociologique, mythologique, etc ... ), y compris dans sa micro-dimension (l'être individuel) et dans sa macro-dimension (l'ensemble planétaire) conduisent à d'innombrables tragédies et risque de nous mener à la tragédie suprême.

Alors que les sciences humaines et les théories sociales continuent à exorciser la complexité, celle-ci a fait irruption là même où l'esprit scientifique croyait l'avoir expulsée. Les sciences physiques avaient cru dans leurs premiers développements révéler l'Ordre impeccable du monde, son déterminisme absolu et perpétuel, son obéissance à une Loi suprême et la simplicité de ses constituants physiques élémentaires (molécule, puis atome, puis particule). Leurs nouveaux développements débouchent sur la complexité du réel. Dès le 19ème siècle, la thermodynamique a découvert un principe universel d'agitation, de dégradation et de désordre, et au 20ème siècle celui-ci s'est répandu dans tout le cosmos, jusqu'à l'origine des temps; à la place supposée de la simplicité physique et logique, la microphysique a découvert l'extrême complexité de la particule; enfin le cosmos est apparu, non plus comme une machine parfaite, mais comme un processus en voie de désintégration et d'organisation à la fois. L'organisation complexe naît à la frontière du désordre et de la turbulence. On parle désormais de chaos organisateur et on pourrait parler de chaosmos. Un monde simple est mort. Un monde complexe émerge. Mais la pensée simplifiante n'est pas morte et la pensée complexe essaie de naître.

Complexus : ce qui est tissé ensemble. Le complexe nous apparaît lorsque un et multiple, tout et parties, objet et environnement, objet et sujet, ordre/désordre et organisation sont inséparables et interdépendants. Il y a, non pas une complexité, mais un tissu de multiples complexités les unes empiriques (désordres, aléas, complications, inter-retroactions enchevêtrées), les autres logiques (insuffisances de la causalité linéaire, indécidabilités, contradictions qui surgissent à partir de l'examen rationnel des données ou phénomènes).

La complexité est une question, non une réponse. La complexité est un défi à la pensée et non une recette de pensée. La complexité n'est pas l'exhaustivité, mais la reconnaissance des incertitudes et des contradictions qui limitent la connaissance. La pensée complexe se propose de négocier avec les incertitudes et les contradictions. La pensée complexe vise, non pas à annuler les idées claires et distinctes, les déterminismes, les distinctions, les séparations, mais à les intégrer.

La pensée complexe comporte en elle le principe des solidarités et implications mutuelles entre objets arbitrairement séparés et isolés. Elle appelle le renvoi mutuel des parties au tout et du tout aux parties. Elle s'efforce de reconnaître, partout où elles sont en oeuvre, les dialogiques d'ordre/désordre/organisation. Elle conçoit l'implication mutuelle entre systèmes et écosystèmes. Elle pose ses objets de connaissance comme les produits d'une coopération entre une réalité objective et les opérations mentales des observateurs/concepteurs.

Dans son mouvement même, la pensée complexe tend à:

- surmonter le divorce entre science et philosophie, et établir leur dialogue;

- problématiser l'actuelle organisation disciplinaire et cloisonnée de la connaissance et chercher à lier ce qui est disjoint;

- affronter le défi que la complexité des phénomènes pose à la pensée dans tous les domaines, y compris politiques;

- situer le monde humain, non au dessus du monde vivant, mais émergeant de celui-ci, lui-même émergeant du monde physique;

- concevoir la relation anthropo-bio-cosmologique à partir des acquis et des incertitudes du savoir contemporain;

- réinterroger la raison humaine, ses possibilités et ses limites;

- explorer le continent le moins connu de tous: celui de l'esprit humain qui élabore la connaissance.

La pensée complexe se donne pour mission de promouvoir une connaissance qui apporte l'aptitude à se connaître elle-même, qui s'ouvre sur la solidarité planétaire et cosmique, qui ne désintègre pas le visage des êtres et des existants. Une telle connaissance favorisera l'action, non pas ordonne, mais organise, non pas manipule, mais communique, non pas dirige, mais anime.

La pensée complexe peut difficilement s'enseigner dans le cadre du système de pensée dominant et on ne pourrait l'instaurer de façon seulement institutionnelle. La réforme des principes/règles gouvernant les raisonnements et théories est une tâche multiple, qui nécessite la convergence d'efforts encore dispersés.

EDGAR MORIN

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INSTITUT INTERNATIONAL DE GÉOPOÉTIQUE

(Chemin du Goaquer, 2256 Trebeurden, Fax 96474173)


L'Institut International de Géopoétique a été fondé en 1989 par Kenneth White*.

"La géopoétique offre un terrain de rencontre et de stimulation réciproque, non seulement, et c'est le plus nécessaire, entre poétique, pensée et science, mais entre les disciplines les plus diverses, dès qu'elles sont prêtes à sortir de cadres souvent trop restreints et à entrer dans un espace global (cosmologique, cosmopoétique), en se posant la question fondamentale : qu'en est-il de la vie sur terre, qu'en est-il du monde? Tout un réseau peut se tisser, un réseau d'énergies, de désirs, de compétences, d'intelligences." (extrait du texte inaugural).

Après une période d'administration centrale, l'Institut a procédé, en 1993, à ce que Kenneth White a appelé une "archipélisation". Plusieurs centres, groupes d'étude ou ateliers (autonomes, après habilitation, mais restant en liaison) existent actuellement en France et à l'étranger.

L'Institut publie une revue, les Cahiers de Géopoétique, dont quatre numéros (environ 160 pages, et illustrations) ont paru (diffusion Harmonia Mundi).

Plusieurs colloques ont été organisés : en 1990 ("Approches de. la géopoétique"), à Pau ; en 1991 ("Géographie de 1a culture") et 1992 ("L'autre Amérique"), à Nîmes. Les actes des col1oques de 1991 et 1992 ont été publiés et sont encore disponibles. Par ailleurs, en 1994, du 8 au 12 juillet s'est tenu à l'Université de Provence (Aix-en-Provence) une université d'été consacrée aux rapports entre géopoétique et arts plastiques. L'Institut et ses satellites organisent aussi des expositions : juillet-août 1992 à Saint Mâlo; octobre 1994 à Bordeaux (initiative de l'Atelier Géopoétique d'Aquitaine).

KENNETH WHITE

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ASOCIACIÓN PARA LA COOPERACIÓN INTERNATIONAL (ACI)

(Rodriguez Pea 554, 2C, 1020 Buenos Aires, Argentine - Tél./Fax +(54) (1) 497851)

OBJECTIFS

Analyse, renforcement et formation de médiateurs pour la construction de réseaux sociaux informels orientés vers la perception de l'information, l'auto-évaluation sociale, l'autodiagnose, la gestion et la gestion des projets communautaires.

Analyse, recherche et diffusion des différents sujets relatifs au Changement Global, aux problèmes de l'Environnement et à l'agenda international.

Recherche et formation en prospective, techniques et études relatives au management public et privé.

ACTIVITÉS 1992-94

Recherche et élaboration d'une étude relative à l'importance des Sciences Sociales dans la recherche du Changement Climatique Global, d'après les recommandations de la Deuxième Conférence Mondiale sur le Climat. Les conclusions de cette recherche ont été présentées au XVIIIè Congrès de l'Association de Sociologie d'Amérique Latine (ALAS), La Habana, mai 28-31, 1991. Publié dans Realidad Económica, n 102, août-septembre, 1991. Aussi dans Systemas políticos, poder y sociedad (estudios de casos en ALyC), Nueva Sociedad, Caracas, 1992.

Contacts préliminaires avec l'Association pour la Pensée Complexe de Paris, avec l'intention de continuer les échanges à travers des accords sur le plan éducatif, scientifique et culturel.

Séminaire "Fin du Siècle: entre le global et le fragmentaire", organisé en collaboration avec la Facultad Latinoamericana de Ciencias Sociales (FLACSO), Buenos Aires, juin 1993.

Séminaire "Prospective et Gestion Associée", développé avec la Facultad Latinoamericana de Ciencias Sociales (FLACSO),et l'Asociación Programa Hábitat (PROHA), Buenos Aires, août-novembre 1993.

Élaboration et développement du 1er Cours de Médiation, Direction Nationale de Formation, Institut National de l'Administration Publique, 1994.

Participation à la Première Rencontre pour la création de "Réseaux Latino-américains d'Action Climatique (RELAC)", Santiago, Chili, juin 1994.

Cours de Formation "Gestion et Complexité", Banque Credicoop, juillet-août 1994.

Contacts préliminaires avec le CIRET, avec l'intention de continuer les échanges à travers des accords sur le plan éducatif, scientifique et culturel.

Participation au 1er Congrès Mondial de la Transdisciplinarité, Lisbonne, Portugal, 2-6 novembre 1994.

RAÚL DOMINGO MOTTA

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COLLECTION "FONDEMENTS DES SCIENCES"
CNRS-ÉDITIONS

La Collection Fondements des Sciences se propose d'allier l'information disponible la plus actuelle sur les secteurs scientifiques qu'elle recouvre et la réflexion la plus libre. A l'exception d'un seul ouvrage, tous les volumes qu'elle présente sont des recueils d'études qui font suite à des exposés ou des conférences, donnés au cours de séminaires de l'UPR 265 du CNRS Fondements des Sciences (Université Louis Pasteur - Strasbourg I). Le séminaire sur les Fondements des Sciences fut fondé en 1971 par Hervé Barreau, José Leite-Lopes et Michel Paty.

La règle implicite d'une élaboration de ce genre écartait tout autant la complaisance que la polémique. Il en résulte que les auteurs dont les contributions sont rassemblées dans ces ouvrages gardent chacun leur problématique, qui peut passer d'ailleurs pour la meilleure introduction aux résultats qu'ils exposent. Mais chaque volume n'en a pas moins son unité, qui découle du thème choisi et qui s'impose aussi par la présence récurrente des questions qui orientent la recherche aujourd'hui.

Ceux qui s'intéressent aux sciences de la vie et de la santé trouveront, dans cette Collection, beaucoup de développements sur des sujets d'actualité. Cependant deux volumes traitent d'épistémologie des mathématiques et d'autres ouvrages sont en préparation sur l'épistémologie de la physique et même l'épistémologie générale. Sans prétendre à l'encyclopédisme, la Collection offre donc aux lecteurs qui cherchent dans la science un aliment de leur pensée et dans la philosophie une interprétation de la science, à la fois des repères indispensables et des stimulations exemplaires pour des recherches plus approfondies.

HERVÉ BARREAU

OUVRAGES DE LA COLLECTION :

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PHRÉATIQUE

(40, rue de Bretagne, 75003 Paris)

La revue Phréatique a été créée en 1976 par son directeur actuel, Gérard Murail, avec le concours de quelques poètes réunis au sein du Groupe de Recherches Polypoétiques qui édite la revue. Auteur d'un Manifeste du poète étonné, Maurice Couquiaud en devint le rédacteur en chef en 1983. Il s'efforce, avec ses amis, d'élargir l'ouverture de la réflexion sur l'univers en l'harmonisant avec celle de la sensibilité. Peu à peu, peintres, musiciens, philosophes, scientifiques, artistes et penseurs les plus divers, ont contribué à l'émergence dans ces pages d'un mouvement transdisciplinaire naturel : I. Xenakis, E. Ionesco, C. Lévi-Strauss, E. Jabès, A. Chouraqui, P. Solié, P. Ricoeur, M. Cassé, J.P. Luminet, B. d'Espagnat, E. Klein, R. Berger acceptèrent de collaborer à côté de grands poètes contemporains comme J.C. Renard, J. Lescure, M. Butor, G.E. Clancier, P. Oster, R. Juarroz. I.A. Maréchal, l'une des principales animatrices de Phréatique, a récemment réuni bon nombre de ces signataires, avec d'autres spécialistes éminents, dans un ouvrage très important pour comprendre le cheminement de l'intuition et de l'inspiration "Sciences et Imaginaire" (Éditions Albin Michel et Cité des Sciences et de l'Industrie). L'équipe de la revue est par ailleurs très fière d'avoir publié à diverses reprises une partie des Théorèmes poétiques de Basarab Nicolescu alors inédits. Toutes les formes de l'expression, de la réflexion et de la recherche participent ainsi à l'osmose des étonnements qui, à travers les difficultés de la condition humaine, suit les voies de la complexité comme ceux de la plénitude.

MAURICE COUQUIAUD

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PASSERELLES

(5, rue du Manège, 57100 Thionville, Tél. 82 53 71 08, Fax 82 53 51 27)

Passerelles a fêté ses quatre ans de vie, avec son numéro double 8-9 à l'automne 1994. Revue d'Études Interculturelles, elle veut proposer, deux fois par an et sur presque 200 Pages, un temps de réflexion sur les rencontres entre les cultures, à partir d'articles de fond, de témoignages directs ou de recherches scientifiques. Certaine que tous les regards et tous les langages sont utiles pour éclairer le réel, Passerelles ouvre ses colonnes aux chercheurs, aux poètes, aux peintres, aux francs-tireurs, à tous ceux et celles, connu(e)s ou inconnu(e)s, qui ont à dire leur expérience ou leur pensée culturelles et interculturelles. Chaque numéro est organisé autour d'un dossier thématique (Lorraine du fer / Méditerranée, Mémoires collectives, Islam et Modernité, Langue, cultures et valeurs dans le monde du travail, Le métissage culturel, Nomadismes, Cultures et spiritualités, bientôt Misère, violence et culture) fouillé mains non clos, autour duquel s'articulent des rubriques libres : Cité, Passerelle, Lire, Cahier-photos, etc. D'importantes notes de lecture viennent clore heureusement chaque numéro. Passerelles n'évite ni les conflits, ni les points chauds du monde actuel, mais elle postule qu'au-delà des souffrances et des différences écoutées, peut se construire un monde de la dignité. nous d'en tracer la voie.

MARIELLE RISPAIL

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Bulletin Interactif du Centre International de Recherches et Études transdisciplinaires n° 3-4 - Mars 1995

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Centre International de Recherches et études Transdisciplinaires
http://ciret-transdisciplinarity.org/bulletin/b3et4c9.php - Dernière mise à jour : Samedi, 20 octobre 2012 14:00:12