MICHAËL LA CHANCE (Canada)

Un visionnaire



J’ai eu le privilège de le rencontrer mais ce fut en de rares occasions, pourtant c’est avec tristesse que j’apprends sa disparition, parce qu’il consolidait pour certains d’entre nous une position-clef dans un espace où nous tâtonnons sans cesse, un espace d’errance et d’incertitudes où il apparaissait comme un infatigable travailleur, nous l’espérions toujours là, à la rencontre de la poésie et du savoir. Est-ce parce que je l’ai peu connu, je me suis mis à relire ce que j’avais de lui dans ma bibliothèque. Mais je crois que ceux qui l’ont bien connu ont eu le même réflexe, pour que la rencontre demeure. Il n’y a pas si longtemps, j’avais trouvé un précieux réconfort dans ses pages sur le fondement métaphysique de la poésie. A cette époque je poursuivais le projet d’une métaphysique du sensible, en reprenant l’expression de Vico, qui prenait sa source dans le martellement des premiers signes sur la pierre. Le propos de Michel Camus m’a révélé la continuité fulgurante qui va du néolithique à la mécanique quantique. Je prendrai mieux la mesure, beaucoup plus tard, de la fécondité des pistes que j’y ai trouvées. Certains ont su tout reposer comme énigme, et partir de là. Aujourd’hui Michel Camus nous rend à l’énigme, il en fait désormais partie.

D’autres parleront de la solitude de l’homme, par contre je peux dire combien l’écriture de Michel Camus nous tient compagnie, il suffit pour cela de quelques pages, on y voit combien il était lui-même toujours en bonne compagnie, comment il savait cultiver ses amitiés intellectuelles : Daumal, Husserl, Gurdjieff, Abellio, Juarroz, Adonis, Carteret, ses collègues immédiats du CIRET, ses amis du Québec et d’ailleurs. Tous se parlent, correspondent, s’éclairent mutuellement dans la pensée d’un homme qui a su accorder une si grande place à celle des autres. Il était certes un visionnaire comme ses frères voyants, il trouverait cependant ce terme trop bavard lorsqu’on voudrait l’appliquer à sa personne et lui préférerait celui de « germe lumineux». Il sera longtemps, pour chacun de nous et d’autres après nous, une invitation à découvrir le silence de notre propre source. A peine un scintillement en amont de notre langage.

Michaël La Chance (Canada)


Bulletin Interactif du Centre International de Recherches et Études Transdisciplinaires n° 17 - Mai 2004

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